I. Saint- Simûn^ VU, p, 274 et suivantes
Fénelon cette sensibilité toujours jeune et fraîche qui permet à Tâme de transmettre ses impressions avec la candeur et la sincérité d'un enfant. Il ressemble au génie grec, dont on a pu dire quHl n'avait pas connu la vieillesse et qu'il savait unir la solidité de Tâge mûr à la grâce de Tenfance. Chez FéneloOj on ne sent jamais la trace des années; comme Sophocle qui composait Œdipe à Colonne à quatrevingt-dix ans, Fénelon écrit la veille de sa mon la Lettre à l'Académie.
Fénelon a la sérénité du génie grec, marque des races saines et vigoureuses. Le fameux mot xaïps est un de ses traits caractéristiques. Il a conservé son âme « paisible et solitaire » qu'on lui remarquait dans l'enfance. Dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, il a toujours gardé cette parfaite égalité d'humeur qui, chez un Grec, surnageait aux déceptions les plus amères et aux désespérances du cœur
Un troisième trait de ressemblance avec le génie antique, c'est l'esprit de liberté. On a souvent relevé chez Fénelon cette impatience continuelle à produire, en plein siècle de foi religieuse et monarchique, une foule d'idées nouvelles^ hardies, non seulement sur des questions politiques, maîs sur des questions religieuses; comme Platon, il voyait plus loin et plus haut que ses contemporains- Fénelon, chez les Grecs, eût été condamné à boire la ciguë.
Par la parole il a exercé une grande influence, non par cette parole magistrale et impérieuse de Bossuet qui suppose « une organisation manifeste, naturellement montée pour être sonore et retentissante, et
PORTRAIT DE FÈNELON 6j
pour être hautement distributive à distance », mais par ce ton familier, élégant, enchanteur, si bien « qu'on était perdu, dit Saint-Simon, si on ne Tarrètait dès le commencement a>. C'est encore une ressemblance avec le Grec, qui excelle toujours à se tirer d'afeire par sa parole habile, et qui, même dans sa décadence, reprenait, par les séductions du lan* gage, l'empire que les armes lui avaient ôté \
Fénelon fiit un être complexe, c*est-à-dire qu'il appartient à FÉglise et à la littérature, qu'il esc évêque et grand écrivain. La même plume qui écrivit le Traité du ministère des Pastmrs^ traça ces belles narrations du TéUmaque, Fénelon est un poète, un ascète, un théologien, un homme d'action, un Grec; c'est de toutes ces inclinations que s'est formé l'artiste et que vient cette variété infinie d'ouvrages. Les Dialogues sur l'éloquence rappellent le Gorgias de Platon^ V Éducation des jmms filks^ YÉi^momique de Xéïiophon. Les premières pages du XVIII' livre de Télémaqu€y c*est du Socrate familier et doucement railleur, tel qu'il est dans les Mémorables; veut-on du saint François de Sales avec autant d'onction et plus de sublimité naturelle ? qu'on Use les Lettres de direction. Ses fables enfin, sans avoir le pittoresque des merveilleux récits de La Fontaine, ne manquent pas de grâce rapidcj de netteté de tour et de légèreté de trait.
Philosophe, il écrit la Réfutation du traité du