I. Boulvé (Léon), De VHtltênisme chti Fételon. Pans, Fonte
P. Malebranche sur la nature et la grâce, le traité de l'Existence de Dieu, ses Lettres sur divers sujets de religion et de métaphysique. D fut un des penseurs les plus subtils et les plus hardis de notre littérature philosophique. Qui ne connaît les belles pages littéraires de la première partie de V Existence de DieUy récit éloquent d'une langue abondante et magnifique, dans lequel Fénelon, s' inspirant des anciens, a développé le célèbre argument dit des Causes finales}
Critique littéraire, il est un maître de premier ordre; il écrit sa Lettre à r Académie^ où les idées se lèvent et font essor à chaque pas, toutes originales, intéressantes, inquiétantes parfois, toutes sollicitant l'examen et la discussion : « Une imagination aimable et riante; le goût vif du pur, du délicat, du naturel, du libre et du familier, un sens exquis de l'antiquité, une ouverture d'esprit supérieure vers des horizons nouveaux, tout cela témoigne d'un génie inné pour la critique. Boileau a sans doute un goût sûr et élevé, mais il est bien austère et un peu sec. Voltaire a bien de l'esprit, mais la grandeur le surpasse; Corneille et Pascal l'étonnent et le scandalisent. La Harpe est instruit, sérieux, pénétrant, mais il est long et ennuyeux; Vauvenargues seul a quelque analogie avec Fénelon, et il est de la même famille, mais il est un peu court. Fénelon apporte à la critique une grâce, une fraîcheur, une naïveté qui est presque de la poésie. Avec lui, les citations mêmes témoignent du tour heureux de l'imagination et
PORTRAIT DE FÈîJELON jÈf
d'nn esprit de choix et de finesse qu'on ne trouverait
point ailleurs \ »
Politique fin autant que clairvoyant, ses écrits témûigaent d'un retnarquable sens du « réel s et duo ardent désir du bonheur des peuples. Et avec cela des discours religieux, des mandements sur toutes les questions du moment et Ton aura la physioDomie intellectuelle de Fénelon.
On comprendra sans peine que les critiques aient peine à vouloir caractériser d*un trait cet esprit si varié et que, désespérant de le saisir, ils aient découvert quelque contradiction. Le mot de Saint-Simon n'est pas si facile à comprendre, quand il nous peint d*un mot la figure de Fénelon ; « Elle rassemblait tout, et les contrastes ne s'y combattaient point. »
Que Fénelon soit un esprit difficile à expliquer, nul ne le conteste. Un évêque, qui unit Tétude de la Bible et d'Horace, qui passe de la lecture d*un mandement sur a le silence respectueux m à une page d'Homère, ne paraît pas facile à saisir. On a pu devenir sévère; alors il faudrait défendre aux grands iiommes de sourire et dé se distraire- En quoi la Lettre à r Académie a-t-elte nui à la bonne administration du diocèse de Cambrai? Quand on connaît la vie, si bien remplie, de Fénelon, on est étonné de le voir poursuivre, atteindre plutôt, sans qu'il s'en doute, la gloire littéraire et le succès religieux. Cet êtoQnement devient de l'admiration ^ il a suffi à tout, sans effort et dans le calme.