Paul Janeî, TVm*^. Paris, Hachette, 18^:1^ p
yO FÉNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE
Complexe? beaucoup d'autres grands hommes le furent, et ils restent grands, tel Napoléon. Si Ton veut qu*il y ait contradiction dans Fénelon, nous dirons de lui ce qu'on disait naguère du vainqueur d'Austerlitz ' : « Le secret de ces contradictions, c'est qu'il était un être complexe, et que l'ardeur des sentiments était chez lui en proportion avec les ressources du génie. Je dirai que tous les hommes sont complexes, parce qu'ils sont humains. L'homme varie. Dieu seul reste identique à lui-même. »
Est-il nécessaire de parler du style ? Le trait distinctif dans toutes les œuvres de Fénelon, c'est la grâce; aucun écrivain français en prose ne l'^ale sous ce rapport. Personne n'a peint comme lui les choses douces, aimables et naturelles. Indépendamment de la grâce qui, selon La Fontaine, est plus belle encore que la beauté, il y a dans Fénelon beaucoup d'imagination, non pas, comme dans Bossuet, grande, sublime, profonde, hébraïque, mais vive, brillante, colorée, grecque. Sans doute, la grâce n'exclut pas la force, ni le pathétique, ni le terrible, mais son triomphe est dans la peinture des choses nobles, délicates et pures.
Si attrayante que soit la sympathique figure de Fénelon, si belle que puisse être sa fine intelligence, la physionomie morale de l'homme, du chrétien et
I. Discours de M. d'Haussonville. Réponse à M, Vandah Académie française, 25 décembre 1897.