Bossuet, Paris, Lecène et Oudin, 1895, p
3. Ce serait la soumission de Pelage, au concile de Diospolis, qui avait désavoué ses erreurs des lèvres seulement.
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Dans le concen de louanges qui saluèrent la soumission de larchevêque de Cambrai, une note discor*
dame retentit. L'évêque de Saint-Omer critiqua le mandement de Fénelon, dans une assemblée provinciale tenue à Cambrai^ disant « que ce discours ne semble opérer qu'une soumission de respect et non une soumission intérieure... qu'il eût été à désirer que le mandement eût exprimé quelque sorte de repentir », L'archevêque reprit les termes de son mandement et demanda si Ton peut exprimer plus clairement une soumission « plus qu'extérieure et de simple respect. Qui dit adhérer à un jugement^ dit former un jugement intérieur par lequel on se conforme à celui auquel on adhère. Qui dit condamner^ dit encore plus expressément un jugement intérieur contre le liwe condamné^ sunout quand on exclut d'une manière simple et absolue toute, mnhrede restriction.., « Il dit que c'était de toute Tétendue de son cœur qu'il avait renoncé à tome pensée d'expliquer son livre; qu'il préférait à ses faibles lumières l'autarite du Saint-Siège; qu'il était, Dieu merci, incapable de revenir jamais, sous prétexte de quelque double sens, pour en éluder indirectement !a condamnation; qu'il ne pouvait avouer contre sa conscience qii^il eût jamais cru aucune des erreurs qu'on lui avait imputées;,.. « que si Sa Sainteté trouvait sa soumission défectueuse, il était prêt à l'augmenter et à k faire telle que le Saint-Siège le croirait à propos ^ » Ces explications « ne prouvent nullement la
1. Procès-verbal de rassemblée métrop. de Cambrai. Œ, C, in, p. 41 5 .
chose en question, dit M. Crouslé, à savoir, la soumission intérieure ». Fénelon n'a pas reconnu qu'il fût « justement condamné ». Voici cependant une lettre à Tabbé de Chantérac (27 mars 1699) • « Je ne prétends pas que la distinction du sens de l'auteur d'avec celui du texte doive jamais troubler l'Église par une question de fait, parce que mon sens ou intention en écrivant, quelque pur qu'il pût être, fC empêche pas que le sens naturel de mon texte ne soit tel que le Pape Va jugé, parce que le sens d'un livre est indépendant de celui de l'auteur, et qu'en matière d'expression on doit être soumis au supérieur à qui le jugement doctrinal est donné de Dieu, » Il ajoutait «qu'il soumettait au Pape la doctrine de ses Défenses qui étaient véritablement la sienne ». Une soumission intérieure est celle de Fénelon, acceptant d'avance le jugement sur la doctrine de ses Défenses, qui était véritablement la sienne et qui n'a pas été condamnée, adhérant sans restriction au décret qui frappait le texte de son livre, reconnaissant que ce livre renfermait des propositions qui, dans le sens des paroles ainsi qu'il se présente d^ abord, sont téméraires, malsonnantes.
Fénelon, en écrivant sur des matières si délicates, avait eu le tort de ne pas veiller assez sur les expressions dont il se servait V Malgré son orthodoxie d'in-
I. Autre chose est remploi de quelques expressions imprudentes, fait par mégarde dans des livres de piété, dont les auteurs ne sont pas théologiens, et qui, entraînés par le sentiment, ne peuvent pas mesurer et peser toutes leurs paroles ; autre chose, un livre dogmatique, comme les Maximes des Saints, écrit par un
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tention, Rome devait se montrer sévère dans un temps où de faux mystiques répandaient des erreurs dangereuses.
En réalité, il n'avait jamais cessé de suivre la véritable doctrine; il ne pouvait donc pas déclarer publiquement le contraire et faire un acte d'humilité qui eût porté atteinte à son orthodoxie. « Je n'ai jamais pensé les erreurs qu'ils m'imputent, écrit Fénelon à Tabbé de Chantérac, le 3 avril 1699. J^ P^^^ ^î^^> par docilité pour le Pape, condamner mon livre comme exprimant ce que je n'avais pas cru exprimer. Mais je ne puis trahir ma conscience pour me noircir lâchement moi-même sur les erreurs que je ne pensai jamais. Pour ma pensée, je puis dire que je la connais mieux que personne. C'est la seule chose qu'on peut prétendre savoir mieux que tout autre, sans présomption. »
Aussi croyons-nous à la sincérité de cette soumission et pouvons-nous accepter comme l'expression intime de sa pensée ce qu'il écrivait au duc de Beauvilliers, le 29 mars 1699, quelques jours après sa condamnation : « Dieu me fait la grâce d'être en paix au milieu de l'amertume et de la douleur. . . Quelquefois, je suis importuné de ceux qui m'écrivent de longues exhortations pour m'engager à me soumettre : ils me parlent de l'acte héroïque que je ferai. Tout cela me fatigue un peu et je suis tenté de dire en moi-même : Qu'ai- je donc fait à tous ces
archevêque, et sur un sujet controversé, avec la prétention de faire la part exacte du vrai et du faux. Si Rome voulait corriger toutes les incorreaions théologiques des livres les plus pieux, elle passerait tout son temps en condamnations.
gens-là, pour leur faire penser que j'aurai tant de peine à préférer l'autorité du Saint-Siège à mes faibles lumières, et la paix de l'Église à mon livre ? »
Plus tard, sans doute, en 17 lo, il écrivit au P. Le Tellier une lettre qui paraît contradictoire avec la soumission absolue : « Feu M. de Meaux a combattu mon livre par prévention pour une doctrine pernicieuse et insoutenable; on a toléré et laissé triompher cette indigne doctrine... Celui qui errait a prévalu, celui qui était exempt d'erreur a été écrasé. » Et M. Brunetière, avec vivacité : « Pour aussi longtemps qu'on n'aura pas démontré l'inauthenticité de cette lettre, pourra-t-on bien parler, sans quelque abus de langage, de la soumission de Fénelon ' ? »
La lettre est authentique et elle ne prouve rien contre la soumission de Fénelon. Il ne s'agit pas de la doctrine condamnée du Quiétisme, mais de la nature de la charité, comme on le voit par le texte même de la lettre. L'archevêque y traite de « doctrine indigne, qui dégrade la charité en la réduisant au seul motif de l'espérance », l'opinion de Bossuet, d'après laquelle « la raison d'aimer Dieu ne s'explique que par le seul désir du bonheur ».
Dans cette même lettre, il parle du livre des Maximes pour dire « qu'il l'a sacrifié avec joie et docilité à l'autorité du Saint-Siège ». C'est sur la question de la nature de la charité, de son motif formel, que Fénelon se dit exempt (Terreur. Il avait raison; car sa doctrine, comme nous le verrons,