INTRODUCTION XV
pîtié entre toutes. Grands moralistes, que ferez-vous devant ces misères ? Il n'est pas question de rechercher qui a perdu cette âme, qui a détraqué ces merveilleux rouages, peut-être trouverait-on un directeur inhabile, encore que le scrupule ait d'autres causes naturelles. Ne parlez pas du respect de la liberté. Cette personne vous crie : Si vous voulez, vous pouvez me guérir. Dites-lui de remettre sa volonté à la direction d'un homme éclairé et de l'écouter aveuglément, comme le malade obéissant boit une potion dont il ignore la bonté. Hors cette situation, l'âme doit toujours rester maîtresse d'elle-même. Le directeur que nous choisissons de notre propre gré ne peut rien sur notre liberté ; mais, par cette élection, nous avons diminué les chances d'erreur. « Je ne haïrais pas, disait La Bruyère *, d'être livré par la confiance à une personne raisonnable, et d'en être gouverné en toutes choses et absolument et toujours; je serais sûr de bien faire sans avoir besoin de délibérer; je jouirais de la tranquillité de celui qui est gouverné par la raison. »
Les responsabilités du directeur de conscience sont si grandes que personne n'osera s'immiscer dans la conduite des âmes sans les qualités nécessaires. L'âme de son côté veillera bien à ne se confier qu'à un homme digne de ce sacré ministère : a L'âme qui désire marcher en avant, sans risque de jamais revenir en arriére, doit bien examiner en quelles mains elle se remet ; car on a bien raison de dire : tel maître, tel disciple, et tel père, tel fils. Les inclinations du maître et ses afiections s'impriment dans l'âme du disciple 2. »