‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 70 sur 254 · I. Œ. C, IX, p · texte numérisé non relu

I. Œ. C, IX, p

124 pâNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE

sur lesquelles le Saint-Siège n'a pas jugé à propos de prononcer.

Dans la question de la grâce et de la liberté^ TÉglise laisse discuter les Thomistes et les Molinistes et défend aux adversaires de s'anachématiser réciproquement ; elle n'a condamné que les théories extrêmes, destructrices de la grâce ou de la liberté. De même^ dans les discussions sur la nature de la charité, il est permis de suivre et la théorie de Bossuet qui enseigne que le motif de la béatitude tst essentiel à Tacte de charité, et la théorie de Fénelon qui dit le contraire, bien que la pensée de ce dernier fût Fopinîon de Rome, des docteurs de la Sorbonne et d'un homme remarquable par son influence, M. Tronson '. D en est de même pour les discussions sur la nature de la contemplation passive, sur l'état de perfection appelé vie unitive, enfin sur les épreuves de l'état passif,

La doctrine de FéaeloBj exposée dans les nombreux opuscules qu'il écrivit pour expliquer les Maximes des Saints^ fut approuvée par les théologiens occupés pendant deux ans à l'examen de son livre : «„, Votre doctrine, depuis votre Instruction pastorale jusqu'à vos derniers écrits publiés, est approuvée sans difficulté, surtout depuis vos trois dernières lettres à M. de Meaux ^. »

Il ne sera pas inutile de résumer ces idées de

1. Exatmens particuliers : Examen particulier sur la charité tnvêrs DUu. — Cf. la différence çQtre la contrition parfaite et rattrition,

2. Lettré cUM. de Chantent ^ 8 novembre 1698- — Cf. aussi îes lettres du 17 janvier» 14 février j 2 mai 1699.

Fénelon ; nous les retrouverons^ sous forme d'avis, dans les Lettres spirituelles^ charmantes^ exquises, qui sont ce qui est tombé de plus tendre d'une lèvre humaine. Les critiques conviennent que la correspondance de Fénelon est ce qu il y a de plus pur dans les oeuvres de Tarchevêque de Cambrai; ils font toujours quelque réserve; ils trouvent çà et là quelques expressions quiétistes. Nous croyons qu'il s*agit du meilleur mysticisme et de l'ascétisme le plus légitime. N'en déplaise aux nouveaux jages de Fénelon, on peut encore parler d'amour pur.

Toute k doctrine spirituelle de Fénelon repose sur la distinction de deux sortes d'amour dont on peut aimer Dieu : Vafnour intéressé et V amour par.

Vantour intéressé est un amour de Dieu pour luimême, mélangé du motif de notre intérêt propre, c'est-à-dire, du motif de cet amour naturel de notre propre excellence et de notre bien particulier. Vamoiir pur est un amour de Dieu pour lui-même et sans aucun mélange de notre intérêt propre. Cet amour est purement surnaturel^ et n'a d'autre motif que la beauté ou perfection absolue de Dieu* Uâme continue à s'aimer elle-même^ seulement d'un amour surnaturel, rapponé à la plus grande gloire de Dieu-

Il est intéressant de montrer comment toutes les voies intérieures tendent à Vamour pur :

a) La contemplation la plus sublime n'est que rexercice de cet amour pur.

Fénelon réduit les divers degrés d'oraison ' à deux

I- Bxpîk, des Maximes, art, 13, 21 à 29, — Inst. Past.^ n. 16 et iS. — Eep. à la Décl, n. 30, 38, 40, 56.

principaux, la méditation et la contemplation. La méditation consiste dans des actes discursifs; bien qu'elle puisse quelquefois avoir lieu dans l'état de la plus haute perfection, elle est le fondement ordinaire des commençants. La contemplation consiste dans des actes directs, si simples et si paisibles qu'ils n'ont rien de marqué par où l'âme puisse les distinguer; « Elle n'est pas même aperçue par le solitaire qui la fait ^ », disait saint Antoine.

C'est l'oraison dé ceux qui ont déjà fait de grands progrès dans l'amour divin. Plus une âme aime Dieu purement, moins elle a besoin d'être soutenue par les actes distincts et réfléchis. Cependant on peut, sans la contemplation^ arriver à une très haute perfection.

Fénelon distingue la contemplation active et la contemplation passive. La première est encore mêlée d'actes empressés et discursifs. L'âme s'agite et s'inquiète encore pour produire des aaes distincts, afin de mieux sentir son opération. La seconde est exempte de cette activité naturelle : c'est la pure contemplation, c'est un tissu d'actes de foi et d'amour, si simples et si paisibles qu'ils paraissent ne faire plus qu'un seul acte, et même qu'ils semblent moins être un acte qu'un simple repos en Dieu. C'est l'oraison de quiétude.

Il ne faut pas exclure de la contemplation passive les actes réels et méritoires du libre arbitre. On l'appelle passive^ seulement pour exclure l'activité naturelle de

Page 1