CE. C, Vm, p. 542.— 2. iWJ.,p
OU le bien-aimé ? Si ce n'est que le plaisir de Tamour que vous cherchez, c'est votre propre plaisir et non celui de Dieu, qui est l'objet de vos prétentions... On se flatte de chercher Dieu, et on ne cherche que soi dans le culte divin. On ne quitte les plaisirs du monde que pour se faire un plaisir raffiné dans la dévotion; et comme on ne tient à Dieu que par le plaisir, on ne tient plus à lui quand la source du plaisir tarit... que l'amour souftant sur le Calvaire est au-dessus de l'amour enivré sur le Thabor 'I... Ne vous étonnez point de &ire certaines communions sans consolation; cette sécheresse ne dépend pas de vous. On mérite souvent plus à être fidèle dans une sécheresse pénible et douloureuse à l'amour-propre, que dans une consolation sensible qui flatte et qui élève le cœur ^. »
L'âme s'attriste de ses longues distractions dans les prières : « Quand même vous y auriez été dans une distraction presque continuelle, vous n'y aurez pas perdu votre temps, si vous en sortez plus humble 5. » Elle s'effraie de ses chutes continuelles; elle s'imaginait que l'amour de Dieu avait chassé pour toujours le naturel si faible, et redressé pour jamais ce libre arbitre qui Êiit notre grandeur et notre tourment : « Ne vous découragez pas pour vos rechutes : comme elles vous font connaître et toucher au doigt votre faiblesse, elles vous doivent tenir plus humble et plus appliquée à veiller sur vous et à recourir à tous moments à Dieu, de crainte de vous perdre ♦... Dans les moments defer-
I. Œ. C, VIII, p. s6o. — 2. Ibid., p. 525. — 3. iW., p, 481. — 4. Ibid.y p.483.
L*AME DIRIGÉE PAR FÈKELON ISJ
^cur, nous croyons pouvoir tout; dans les moments k tentation et de découragement, nous croyons ne K}iivoîr plus rien et que tout est perdu. Mais nous ivius trompons dans c^s deux cas*.. Il fauc porter^ umme dit saint Augustin j le joug de !a confusioû ^uotidietine de nos péchés* Il faut sentir notre fai* îlessCj notre misère, notre impuissance de nous corriger. Il faut désespérer de notre coeur et n'espérer ^u'en Dieu \ »
L'âme, docile à ces enseignements de la piété la plus vive et la plus éclairée^ comprend mieux la vie religieuse; elle grandit^elle ne regarde plus à la substance des choses qu'elle fait, mais à leur valeur, puisqu'elles sont voulues de Dieu : « Les actions les plus indifférentes cessent de l'être et elles deviennent bonnes, dès qu'on les fait avec l'intention de s'y conformer à l'œuvre de Dieu. Souvent même, elles sont meilleures et plus pures que certaines aaions qui paraîtraient beaucoup plus vertueuses, parce qu'elles sont moins de notre choix et plus dans Tordre de la Providence, lorsqu'on a besoin de les faire; parce qu'elles sont plus simples et moins exposées i la vaine complaisance; parce que, si on les prend avec modération et pureté de cœur, on y trouve plus à mourir à ses inclinations, que dans certaines actions de ferveur, où l'amour-propre se mêle; enfin, parce que ces petites occasions reviennent plus souvent et fournissent une occasion secrète de mettre continuellement tous les moments à profit *. »