LE MORALISTE I7I
venait de retomber dans des habitudes mondaines après quelques années de retraite et d'austérités.
Le monde juge beaucoup plus des qualités extérieures, Taffabilitéj la politesse^ la bonté, que des vertus intimes et plus sérieuses^ la piété, rhonnêteté, l'amour de Dieu* Sans rien sacrifier au monde des principes chrétiens, Fénelon ne croit pas qu'il faille mépriser le jugement des hommes. Le chrétien est le meilleur citoyen d'un royaume, les saints ont été les plus polis des hommes ; ajoutez qu'il est difficile de lire dans le cœur les sentiments que la conduite quotidienne semble contredire : <£ Vous avez un air lie légèreté et de vivacité que rien n'arrête. Il faut connaître à fond votre bon esprit et vos sentiments pour se rassurer sur cette vivacité pleine de saillies. Riez tant qu'il vous plaira avec de5 gens sûrs et choisisj qui n'aient pas Tair de rire trop et qui sachent ne rire qu'à propos. Mais faites un personnage sérieux et mesuré. Promettez dans vos manières toute la solidité qu'on trouve quand on vous pénètre \ »
Les frères de la comtesse de Gramont soutinrent Jacques II en Irlande ; ils échouèrent en quelque occasion paniculière, furent blâmés et encoururent une disgrâce à Saint-Germain. La comtesse fiit piquée et outrée dans sa tendresse et dans sou orgueil ; elle s'y retrouva tout entière avec « son humeur hautaine, injuste et révoltée ^j. Fénelon lui écrit: * Hélas! Madame, qu'attendiez-vous des hommes? Vous ne les connaissez donc pas? Us sont faibles,