‹ Fénelon directeur de conscience: directeur de conscienceChapitre 97 sur 254 · I. Œ. C, Vra, p · texte numérisé non relu

I. Œ. C, Vra, p

inconstants, aveugles ; les uns ne veulent pas ce qu'ils peuvent, les autres ne peuvent pas ce qu'ils veulent. La créature est un roseau cassé, si on veut s'appuyer dessus, le roseau plie, ne peut vous soutenir et vous perce la main'. » Sainte-Beuve* appelle cela « les touches énergiques » de Fénelon. Pourquoi se plaindre, outre mesure, des vices du monde? « Laissez couler l'eau sous les ponts; laissez les hommes être hommes, c'est-à-dire faibles, vains, inconstants, injustes, faux et présomptueux. Laissez le monde être toujours le monde, c'est tout dire : aussi bien ne l'empêcheriez-vous pas. Laissez chacun suivre son naturel et ses habitudes, vous ne sauriez les refondre, le plus court est de les laisser et de les souffrir. Accoutumez-vous à la déraison et à l'injustice 5. » — Est-ce Philinte qui parle? Non, car ces maximes accommodantes ne condamnent que le zèle amer, l'aigreur, le dépit; elles n'expriment pas l'insouciance, mais la charité toute pratique et le bon sens. Cette connaissance profonde de l'humanité ne rend pas Fénelon triste et morose; le christianisme lui explique la théorie du mal sur la terre; l'homme, faible par lui-même, n'est grand que par Dieu, et les misères humaines n'ont eu de Jésus qu'un soupir de pitié. Dans sa conduite personnelle, l'archevêque de Cambrai mettait en pratique les conseils qu'il donnait avec tant de charité. Un homme

Page 1