FÉNELON ET L'AMITIÉ
Nous avons vu comment l'esprit de Fénelon agissait pour dirig-er les âmes, par quelles lumières il savait éclairer les consciences. La direction du pieux archevêque offre un autre aspect et non le moins attrayant. C'est une autorité insinuante et irrésistible, d'une tendresse parfois passionnée. Les sentiments, qui unissaient Fénelon et les personnes qu'il dirigeait, n'étaient pas seulement, d'une part, la respectueuse et confiante docilité d'un pénitent et, de l'autre, le zèle dévoué d'un directeur, c'était une profonde affection, une affection aussi tendre que pure.
Les grands pasteurs d'àmes, dont s'honore l'Eglise catholique, n'ont, à leur suite, entraîné tant de cœurs vers Dieu que par leur puissante faculté d'aimer. Les austères obligations du sacerdoce ne détruisent pas cette faculté chez le prêtre ; elles ne font que la transformer, en la dégageant des sentiments moins purs qui troublent le commun des hommes; par cela même, elles la fortifient en la rendant plus durable, comme l'amputation des plantes parasites ajoute à la vigueur du tronc. « Ce qui ruine l'amour, dit Lacordaire, c'est l'égoïsme, ce n'est pas l'amour de Dieu, et il n'y eut jamais d'ardeurs plus durables, plus pures, plus tendres que celles auxquelles les saints livraient leur cœur à la fois dépouillé et rempli, dépouillé d'euxmêmes et rempli de l'amour de I^ieu. » En lisant cette phrase, la pensée se porte d'elle-même sur Fénelon.
Des pharisiens, car il en existe encore, pourront se récrier, le christianisme reste la religion de l'amour.