LE SENS DE LA DÉVOTION
les coups d'épées des empereurs d'Allemagne, regardait avec tristesse le monde en proie à l'anarchie ; si, plus tard encore, quand le monde affaibli par les discussions philosophiques, devint un cloaque de scandales, des chrétiens timides ou effrayés se retirèrent dans la solitude de la Thébaïde ou dans les couvents fièrement dressés à côté des nids d'aigle, le christianisme continua à tenir sa place dans ces moments troublés : les évèques devinrent les défenseurs des peuples opprimés, ils convertirent les barbares, et ces jeunes nations cultivèrent les terres laissées en friche par des peuples vieillis et devenus impuissants.
Le christianisme se mêla à la vie sociale, il a transfiguré le monde en vivant de sa vie, il lui a parlé un langage nouveau, il a mis delà douceur dans ses mœurs, de la justice dans ses lois, de la charité dans son cœur.
Il y eut des moments d'angoisse dans la vie des peuples; l'âme inquiète se demanda s'il était sage de rester ainsi au milieu des dangers. Des directeurs d'àmes, trop jaloux de conserver ces cœurs tout jeunes et pas encore flétris, les jetaient nombreux dans les couvents. Etait-ce un bien? Que deviendrait le monde, privé des meilleurs exemples? Tous ne peuvent pas embrasser la vie des cloîtres. Dieu, dans ces temps d'hésitation, suscita des hommes pour enseigner que les chrétiens pouvaient et devaient vivre au milieu du siècle. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde, avait dit le Christ ; et, forts de l'appui du Ciel, des saints apprirent aux chrétiens à ne pas se décourager et à suivre l'Evangile. « Je vous dis deux choses, dit Fénelon, à la comtesse de Gramont : la première que nous devions nous sanctifier dans l'état où la Providence nous a mis, sans nous faire des projets ou desseins de vertu pour l'avenir ; et la seconde, que nous devions avoir une fort grande fidélité à Dieu dans les
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plus petites choses... Notre salut est l'ouvrage de tous les jours et de tous les moments de notre vie. Il n'y a point de temps plus propre pour le faire, que celui que Dieu nous donne maintenant par sa miséricorde, parce que nous l'avons aujourd'hui et peut-être nous ne l'aurons pas demain... Si Dieu eût prévu que dans les cours des princes on n'eût pas pu se sauver, il nous aurait commandé de n'y jamais demeurer. Bien loin de nous avoir fait ce commandement, c'est lui qui fait les rois et qui règle leurs cours... Le royaume de Dieii est au dedans de votis-mênies ; c'est ce que Jésus-Christ nous dit dans son Evangile (i). »
D'autres fois, la règle chrétienne devint un joug terrible, parce que des esprits avaient faussement interprété les préceptes du Christ. Jésus avait eu pitié de nos faiblesses ; eux les avaient en horreur. Jésus avait connu la fragilité humaine : Pardonnez non pas sept fois, mais septante fois sept fois, toujours, le pécheur repentant ; eux maudissaient presque l'homme qui tombait deux fois, ils méconnaissaient la mobilité du cœur humain et les variations delà volonté.
Saint François de Sales était apparu, au milieu des troubles de la France, comme une étoile brillante et un guide sûr et dévoué ; il avait appris aux âmes à vivre dans le monde en pratiquant les conseils de l'Evangile ; il avait enseigné à aimer Dieu et à remplir ses devoirs d'état ; il avait rendu la religion praticable en la rendant possible. Les cœurs s'ouvrirent de nouveau aux douces influences du christianisme.
A la fin du XVIl'-' siècle, les âmes devinrent une fois encore inquiètes. Sans doute, la religion aimée et pratiquée faisait des héros. On avait vu des saints à la Cour, mais surtout dans les cloîtres : de grands seigneurs