I. Introduction à la vie dévote, préface
l68 FÉfîELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE
des esprits fiers comme Arnauld, héroïques comme la Mère Agnès, froids comme Saint-Cyran ; les consciences délicates, tremblantes sous la puissance de Dieu, presque anéanties en présence du tout-puissant Créateur, pouvaient accepter la doctrine de Jansénius(i) ; mais tous les hommeîPne sont point capables de tant de vertu. Qu'arriva-t-il ? Les guides des âmes, prêtres, religieux, laïques, en prêchant un Dieu sévère et une religion morose, attristèrent les chrétiens et les jetèrent dans le désespoir et l'athéisme. Notre époque n'est pas encore remise de cette fausse interprétation de l'Evangile.
Celui qui méconnaît la faiblesse humaine, ne peut être conducteur d'âmes. Avec son esprit incertain, son cœur fragile, sa liberté affaiblie, le chrétien espère autant en la bonté de Dieu qu'il croit en sa justice.
« Il ne convient néanmoins ni à la bienséance de votre état, ni à votre besoin intérieur, que vous vous jetiez dans une profonde solitude (2 . » Fénelon ne conseille pas de quitter son emploi , sous prétexte de la dissipation à laquelle on y est exposé. « Son naturel est facile et vif pour le plaisir; il est accoutumé à une dissipation continuelle. Il n'a pas moins à combattre au dehors qu'au dedans : tout ce qui l'environne n'est que tentation et que mauvais exemple ; tout ce qu'il voit le porte au mal ; tout ce qu'il entend le lui inspire... mais je vous avoue que je ne saurais croire qu'il soit de l'ordre qu'il quitte tout à coup son emploi, sans garder ni mesures ni bienséances. S'il est fidèle à lire, à prier, à fréquenter les sacrements, à veiller sur sa propre conduite, à se défier de lui-même, à éviter la
1. Les générations chrétiennes, dont les ancêtres avaient combattu Colipny et formé la Ligfue, applaudi l'héroïsme de Corneille et bataillé dans la l'ronde, pouvaient bien accepter cette forte religion.