E SENS DE LA DEVOTION
lités du monde. L'âme se détache même trop de la terre; arrivée à un certain deoré d'élévation vers Dieu, elle méprise facilement la vie, et c'est alors (lue IJieu l'y attache par l'idée du devoir. La vie est un office important, (juoique bien souvent nous n'en voyions pas l'utilité. Simples gouttes d'eau, nous nous demandons en cjuoi l'océan a besoin de nous, l'océan pourrait nous répondre (ju'il n'est composé que de gouttes d'eau. Il ne faut donc pas haïr la vie, tout en se détachant des choses de la terre.
Fénelon ne nous rend pas la dévotion impraticable. La perfection n'est point le privilège de l'humanité : « La duchesse de Beauvilliers n'est pas parfaite, mais personne ne l'est (i). » Le dévot tend à la perfection, mais il vit avec sa nature faible et corrompue. Ecoutons Fénelon lui-même, le médecin des âmes est malade luimême : « Je suis dans une honteuse lassitude des croix. Il me semble qu'il ne me reste plus ni force, ni haleine, pour respirer dans la souffrance. La croix me fait horreur et ma lâcheté m'en fait aussi. Je suis, entre ces deux horreurs, à charge à moi-même. Je frémis toujours par la crainte de quelque nouvelle occasion de souffrance... je suis encore, à certaines heures, dans cette disposition d'amertume générale, et je sens bien que si elle était sans intervalle, je ne pourrais y résister longtemps . . . je suis à moi-même tout un grand diocèse, plus accablant que celui du dehors et que je ne saurais réformer, mais il faut se supporter sans se flatter, comme on doit le faire pour le prochain (2). » Comme Jésus, chaque chrétien a son jardin de Gethsémani ; comme le Fils de
I. CE. C, VII, p. 227. — Cf. encore VIII, p. 537 : « Les personnes les plus parfaites ont bien des imperfections : nous en avons aussi de grandes. •