‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 12 sur 250 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

Le cheraiu de la perfection est long et difficile : riiomme est faible : chaque pas marque une chute ; avec quelle délicatesse, il faut traiter cette fragilité ! avec quelle patience il faut attendre ! Expectans, expeciavi (i).

La direction de conscience n'est pas une invention nouvelle. Sans remonter jusqu'à Aristoteet à la « Morale à Nicomaque », nous rencontrons à Rome même, à l'époque impériale, une école philosophique qui apporta beaucoup de soin à la conduite de la vie. Un fin littérateur, M. Martha (2), n'a pas craint de nous faire le portrait d'un vrai directeur de conscience, en parlant de Sénèque.

Quand la philosophie stoïcienne prit, au premier siècle de l'ère chrétienne, une grande influence sur les plus nobles esprits de Rome, les patriciennes eurent leur philosophe, vrai directeur avec lequel elles entretenaient correspondance, qui leur enseignait le moyen de supporter la souffrance et de mépriser la mort.

Sénèque est le plus connu de tous. Il n'a pas un dogme bien arrêté, il avait bu, dans sa j eunesse, à toutes les sources de la philosophie ; mais il connaît le cœur humain. Le prédicateur de morale est bien supérieur au philosophe stoïcien. Il ne veut donner que des conseils; il ne dogmatise pas, il fait de la morale pratique ; il n'ignore pas la force des principes pour la direction de la vie, mais contre les adversaires de la direction, il défend l'efficacité des conseils. Fénelon et Sénèque répondent aux mêmes objections. « On me dira peut-être, dit l'archevêque de Cambrai, quelle nécessité de prendre un directeur, puisque la règle est un directeur par écrit. Il est capital de ne vous conduire pas vous-même ; vous serez aveugle sur votre

Page 1