Ps. XXXIX
2. Martha, Les moralistes sous l'empire romain, p. 8 et suiv.
intérêt ou sur une pression déguisée qui trouble votre vue (i). »
vSénèque demande lui aussi un directeur. Il admet l'utilité, la nécessité même de la règle écrite et il estime encore plus cette direction particulière qui réveille les âmes et applique directement le remède à chaque maladie morale (2).
Sénèque ne fut donc pas un chef d'école avec une doctrine fixe et uniforme. C'est un sage qui veut se rendre utile par sa parole et ses conseils. Aussi ses ouvrages sont des œuvres de circonstance. Les consolations à sa mère Helvia et à Marcia s'expliquent par le seul titre. Le traité de la Clémence, adressé à Néron, prouve que le philosophe avait eu la noble pensée de diriger le terrible empereur ; avant Fénelon, il avait mis sous les yeux de son redoutable élève V Examen de conscience sur les Devoirs de la royauté,
Sénèque montrait un zèle discret pour tourner une âme vers le bien, il accueillait avec bonté ceux qui s'adressaient à lui. Le philosophe avait un ami dissipé, spirituel, qui venait le voir assez souvent : tout à coup le jeune homme cesse ses visites, il a vu qu'on voulait le convertir ; puis il revient, mais rarement, et c'est pour prévenir les objections de Sénèque ; celui-ci comprend que le moment n'est pas encore venu pour les grandes pensées, il laisse dire, sourit à cette vivacité juvénile et attend une occasion plus favorable. « Qu'il cherche à me faire rire, je finirai par le faire pleurer (3) ï , s'écrie le maître. Il réussit trop à le rendre stoïcien, le malheureux Marcellinus, atteint d'une maladie incurable, se laissa, dit-on, mourir de faim sur l'exhortation d'un stoïcien distingué qui l'engageait à se délivrer de la vie.
Sénèque n'a pas manqué d'affection pour ses amis, il éprouve un noble plaisir d'amour-propre philosophique dans