Paul Manut, Apophteg. : Tecum habita
iqS FÉNELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE
qualités. Tel prodigue croit qu'il fait son devoir; son voisin l'avare prend son amour de l'or pour de l'ordre et de la pondération. Ajoutez que dans cette variété infinie de désirs nobles et dérég-lés, de passions légitimes et funestes, nous laissons naître et se développer mille imperfections que nous remarquerons plus tard quand la racine se sera fortifiée par une longue habitude. Pour prévenir ces dangers, aussi bien que pour reconnaître ses défauts, l'esprit doit s'habituera connaître ce qui se passe en lui-même.
Fénelon , tout en parlant souvent de l'étude de l'âme, ne fait pas de l'examen de conscience toute sa méthode de perfection. Ce fut l'erreur de la philosophie ancienne de croire que l'examen de conscience suffisait à tout. Il y a, entre la connaissance de soi et la vertu, la différence qui existe entre connaître et vouloir, savoir et croire. AI. Martha, dans le chapitre qu'il consacre à Marc-Aurèle (i), nous donne l'exemple du bon Horace, « moins léger qu'on ne pense», qui faisait à sa manière son examen de conscience, lorsque, dans son lit ou dans ses promenades solitaires, il songeait à se rendre meilleur et se grondait doucement, en homme du monde qui voudrait être honnête et en épicurien qui voudrait être sage. Nous ne voyons nulle part que ces réflexions morales aient changé la vie du bonhomme.
Fénelon ne se laisse pas prendre à cette philosophie superficielle ; il faut vouloir, dit-il, changer de vie. Il sait que la force manque plus aux âmes ciue la lumière. C'est pourquoi il ne fait pas de ce moyen le tout de son système; nous verrons bientôt «lue, dans son oraison, il arrête l'esprit dans ses considérations, quand le cœur, par la volonté, est excité au bien, La connaissance de soi