Saint Thomas, Sain m., 2, 2, q. 180 a. 7 ad i
On ne doit faire travailler l'esprit par la méditation que dans la mesure où cela est nécessaire pour mettre le cœur en mouvement ; il faut imposer silence à l'esprit dès que le cœur est échauffé pour agir. Ce résultat est plus ou moins laborieux, selon que l'àme est plus ou moins habituée à ce recueillement intérieur, plus ou moins impressionnable par la grâce (i).
Fénelon connaît l'humanité avec ses faiblesses et ses grandeurs ; guide des âmes élevées dans les régions insaisissables de l'amour pur, il conduit par la main le petit enfant qui s'essaie dans la connaissance de Dieu.
L'esprit de l'homme facilement erre à l'aventure ; il voltige de pensée en pensée et peine à se fixer ; avec quel soin il éloigne tout ce qui peut le distraire (juand il veut penser ; avec quelle attention il écarte tous les objets extérieurs ; avec quel empressement il s'isole de tout ce qui n'est pas lui. L'oraison, étant un acte de l'esprit, deviendrait difficile sans secours ni appui (2).
Les auteurs ascétiques ne manquent pas d'énumérer les conditions et les parties de l'oraison; ces préceptes s'adressent pour la plupart aux religieux et religieuses. Fénelon a surtout dirigé les personnes du monde, les règles sont donc plus larges. Il tient essentiellement à la préparation de l'oraison et veut des temps fixes pour cette prière, surtout le matin. Le monde appartient à celui (jui se lève tôt, dit-on ; nous savons
1. Rudriguez, Pratique de la pet-f. chrélieviie : de l'oraiion, t. II, c. 2, p. 75.
2. On a souvent critiqué les divisions et subdivisions de la méthode d'oraison enseignée dans les séminaires sulpiciens. Personne n'a jamais soutenu qu'on ne pouvait pas faire oraison sans passer par tous les actes divers de cette raéthodt"; ce qui est sûr, c'est que l'esprit ainsi guidé ne peut pas se tromper ni faire fausse route, résultat précieux pour les commençants,
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tous que le matin est le meilleur moment de la réflexion. « Vous auriez grand besoin de certaines heures libres, où vous pussiez vous recueillir... Surtout, Madame, sauvez votre matin et défendez-le, comme on défend une place assiégée. Faites des sorties vigoureuses sur les importuns (i). »
Pour aider votre esprit, lisez, non pas de cette façon (^ui n'est qu'une paresse déguisée ; lisez pour donner à votre âme des pensées qu'elle ne peut pas toute seule atteindre, et qui doivent être sa nourriture. L'enfant ne peut pas gagner son pain, mais le père le lui apporte. « Lisez peu et méditez beaucoup les vérités que vous trouvez dans le livre. » Cette pensée revient à chaque page dans les Lettres spirituelles .
A une personne qui lui demandait une méthode d'oraison, il répondait en disant, en quelcjucs lignes, la double condition de l'humilité et de la lecture réfléchie, principes de toute initiation. « Dès le commencement, représentez-vous un pauvre, nu, misérable, accablé, et qui se meurt de faim ; c}ui n'a qu'un homme à qui il puisse demander l'aumône, et de cjui il la puisse espérer ; ... lisez ensuite ce que vous aurez à lire de l'Ecriture sainte ou du livre dont vous tirerez le sujet de votre oraison. Arrêtez-vous après un verset ou deux, pour y faire les réflexions que Dieu vous mettra dans l'esprit (2 ). »
La lecture n'est pas l'oraison; c'est un appui indispensable pour les commençants. Elle prépare la parole intérieure de Dieu, a ...Vous connaissez l'endroit o\x saint Augustin, parlant du dernier moment de sa conversion, dit qu'après avoir lu quelques paroles de l'apôtre, il quitta le livre « et ne voulut pas continuer de lire, parce (ju'il n'en avait plus besoin, et qu'une