‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 138 sur 250 · Œ. C, VIII, p · texte numérisé non relu

Œ. C, VIII, p

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que cette ferveur est passagère. Quand nous l'avons, c'est Dieu qui nous la donne par condescendance pour soutenir notre faiblesse. C'est le lait des petits enfants, ensuite il faut être sevré et manger le pain sec des personnes d'un âge mûr... on le sert avec d'autant plus de fidélité, qu'on goûte moins de plaisir en le servant (i). » Cependant, « ne laissez pas de goûter avec une simplicité d'enfant à la mamelle, toutes les douceurs que la miséricorde divine fera couler sur vous ; car la sécheresse et l'onction, tout est également utile, quand c'est Dieu qui les donne (2). » Il sait les conséquences de cet attachement aux' douceurs sensibles et les signale. « C'est l'attachement au sensible qui fait tantôt le découragement, tantôt l'illusion; au contraire, c'est cette fidélité dans la privation du sensible qui préserve de l'illusion. . . Comptons que nous ne devons jamais tant faire oraison que quand le plaisir de faire oraison nous échappe; c'est le temps de l'épreuve et de la tentation, et, par conséquent, celui du recours à Dieu et de l'oraison la plus intime. D'un autre côté, il faut recevoir simplement les ferveurs sensibles d'oraison, puisqu'elles sont données pour nourrir, pour consoler, pour fortifier l'àme... Il est aisé de se dire à soi-même, j'aime Dieu de tout mon cœur, quand on ne sent que du plaisir dans cet amour; mais l'amour réel est celui qui aime en souffrant (3). »

L'âme ne peine jamais tant que dans cet état de sécheresse et d'aridité. Impossible de se mouvoir vers Dieu; nul attrait, nul élan.

Tantôt, l'impuissanceparaît venir de l'esprit. On dirait que la foi est éteinte, que Dieu n'est plus rien pour cette âme. David ressentit ces douleurs : « Je suis devenu en votre présence comme une bète de somme (4). »

I. (]■:. C, VIII, p. 535. — 2. Ibid., p. 5'4- — 3- ^bid., p. 446. 4. Ps. LXVII, 2, 3.

PEDAGOGIE DE LA DIvVOTION 20^

Tantôt, c'est le cœur qui est pris d'insensibilité ; on voit ce qu'il faudrait faire, mais le cœur est de glace. L'àme redit comme le Psalmiste : « J'étends mes mains vers vous ; je suis sous vos yeux comme une terre desséchée (i). » D'autres fois, Dieu semble s'être retiré ; l'âme crie. Dieu reste sourd, on dirait qu'il dédaigne et qu'il repousse. Cette privation de toute onction devient un supplice. C'est alors que le directeur est nécessaire. « Il est facile dans cette disposition de se laisser aller en cent actions à une manière d'agir fort naturelle, ou de donner au moins quelque peu à ses sens... d'agir humainement et de perdre cette délicatesse de conscience si nécessaire pour conserver la pureté de l'àme (2). »

Le premier devoir du directeur est de découvrir les causes des aridités : notre vie dissipée, nos négligences, nos infidélités ne nous permettent pas de jouir des consolations spirituelles. « Evitez tout ce qui dissipe et qui vous passionne ; par là , vous retrancherez la source de tout ce qui distrait dangereusement et qui dessèche l'oraison (3). »

Fénelon revient souvent sur cette pensée , que nous ne méritons pas les douceurs de l'amour divin à cause de notre vie passée ; d'ordinaire , il laisse croire que la Providence a ses vues secrètes dans ces rigueurs.

Dieu se retire de l'àme pour l'exciter à le désirer, à le chercher avec plus d'empressement ; Il veut l'exercer aux vertus fortes et héroïques. Rien ne la dépouille d'elle-même comme le sentiment que lui donnent ces épreuves de son insuffisance et de sa stérilité. « Dieu a

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