Œ. C, Vlll, p
retiré ces dons sensibles pour vous en détacher, pour vous apprendre combien vous êtes faible par votre propre fonds et vous accoutumer à servir Dieu sans ce goût qui facilite les vertus (i). » Fénelon s'expliqua un jour sur les sécheresses avec une science profonde ; il écrivit au P. Lami : « Dieu fait donc deux choses pour l'âme, au lieu qu'il n'en fait qu'une pour le corps. Il donne au corps la nourriture avec la faim et le plaisir de manger, tout cela est sensible. Pour l'âme, il donne la faim qui est le désir, et la nourriture ; mais, en accordant ses dons, il les cache, de peur que l'âme ne s'y complaise vainement ; aussi, dans les temps d'épreuves où il veut nous purifier, il nous soustrait les goûts, les ferveurs sensibles, les désirs ardents et aperçus... L'oraison est très différente du plaisir sensible qui accompagne souvent l'oraison. Le médecin fait quelquefois manger le malade sans appétit, il n'a aucun plaisir à manger, et ne laisse pas de digérer et de se nourrir. Sainte Thérèse remarquait que beaucoup d'âmes quittaient par découragement l'oraison dès que le goût sensible cessait ; et que c'était quitter l'oraison quand elle commence à se perfectionner. La vraie oraison n'est ni dans le sens, ni dans l'imagination ; elle est dans l'esprit et dans la volonté... Il y a un plaisir indélibéré et sensible qui prévient la volonté et qui est indélibéré ; celui-là peut être séparé d'une très véritable oraison : il y a le plaisir délibéré qui n'est autre chose que la volonté délibérée même. Cette délectation, qui est notre vouloir délibéré, est celle que le Psalmiste commande et à laquelle il promet une récompense. Delectare ùi Donii'no, et dabit iibi petitiones cordïs titi. Cette délectation est inséparable de l'oraison en tout état, parce qu'elle est l'oraison même, mais cette délectation, cjui n'est qu'un simple