PÉDAGOGIE DE LA DEVOTION
l'amour, toute la force de la nature. Ceux qui seront élevés à cette école seront naturellement chrétiens et relig-ieux, tout ce qui viendra d'eux gardera la marque de leur cœur converti... Qu'ils le veuillent ou non, dans leurs pensées s'ils pensent, dans leurs écrits s'ils écrivent, dans leur conduite en tout cas, on retrouvera toujours que l'àme est misérable, que le péché la poursuit, que la passion la gouverne, qu'un changement radical peut seul la sauver. Lorsque les croyants prétendent secouer le joug de leurs croyances, ils sentent qu'ils contredisent le besoin le plus impérieux de leur àme. Reviennent-ils à la piété, l'heure de la conversion est pour eux l'heure où ils retrouvent leur voie, où ils rentrent dans leur nature. Et c'est le nouvel et grand argument des apologistes de la foi que ce trouble de l'âme égarée hors de la foi, que cette paix de l'âme revenue dans la foi (i). » Fénelon a présenté cet argument dans une belle lettre au duc de Chaulnes : « Que je serai content, si je vous trouve décidé, et entièrement d'accord avec vous-même ! On ne contente ni soi ni autrui quand on porte au dedans de soi un fond qu'on ne peut ni suivre ni étouffer. On se tourmente, on se craint soi-même ; on n'ose être seul avec soi, ni rentrer dans son propre cœur : on est comme un homme chassé de chez soi, qui est réduit à errer tout autour comme un vagabond (2). »