I. Saint-Simon, VI, p
un obstacle à ce recueillement et à ce silence où Dieu se communique. Soyons simples, humbles, et sincèrement détachés avec les hommes. Soyons recueillis, calmes et point raisonneurs avec Dieu. Les gens que vous avez le plus écoutés autrefois sont infiniment secs, raisonneurs, critiques et opposés à la vraie vie intérieure (i). Si peu que vous les écoutassiez, vous écouteriez aussi un raisonnement sans fin, et une curiosité dangereuse, qui vous mettrait insensiblement hors de votre g-râce, pour vous rejeter dans le fond de votre naturel (2). »
Les conseils de Fénelon sont donnés en des termes appropriés et vifs, qui deviennent autant de traits à recueillir pour un portrait fidèle : « J'ai souvent remarqué que vous êtes toujours pressé de passer d'une occupation à une autre, et que cependant chacune en particulier vous mène trop loin. C'est que vous suivez trop votre esprit d'anatomie et d'exactitude en chaque chose. Vous n'êtes point lent, vous êtes long (3), » Couper court, retrancher tout ce qui n'est pas essentiel, éviter un semblant d'exactitude éblouissante {^^ qui nuit au nécessaire par le superflu : c'est le conseil qui revient sans cesse et qui ne s'applique pas moins aux choses de ce monde qu'à celles de Dieu.
tt Si vous pouvez vous sevrer de toute curiosité et de tout raisonnement superflu, vous gagnerez beaucoup de temps pour l'oraison et pour vos affaires. L'esprit d'oraison vous rendra simple, concis, décisif, sobre en pensées et en paroles, tranquille dans les embarras... Le raisonnement est une grande dissipation. Les raisonneurs, les savants sans oraison, éteignent l'esprit intérieur, comme lèvent éteint la bougie (5). » Fénelon
1. Allusion aux Jansénistes. — ::. Œ. C, Vil, p. jio. Lettre du 31 août 1699. — 3. Ibid., p. 'zix (30 décembre kjqc)). — \. Ibid. Même lettre. — 5. Ibid., p. 228 (16 juin 1701).
coupe le mal par la racine. Cet esprit raisonneur nuit à tout et surtout à la prière.
Il y a des gens toujours tourmentés par leurs affaires : ils sont dominés par elles : ils sont longs et n'en finissent pas. Il faut savoir se borner. L'oraison simple et tranquille guérira de tout. « Pour être sobre en paroles, il faut l'être en pensées... Vous n'irez à la source du mal qu'en faisant taire souvent votre esprit par le silence intérieur. Ce silence d'oraison simple calmerait ce raisonnement si actif. Bientôt l'esprit de Dieu vous viderait de vos spéculations et de vos arrangements. Vous verriez, dans l'occasion, chaque affaire d'une vue nette et simple; vous parleriez comme vous auriez pensé, vous diriez en deux mots ce que vous auriez à dire, sans prendre tant de mesures pour persuader... Je crois sans peine que la multitude des affaires vous dessèche et vous dissipe. Le vrai remède à ce mal est d'accourcir chaque affaire et de ne vous laisser point entraîner par un détail d'occupations où votre esprit agit trop selon sa pente d'exactitude (i). »
Le duc de Chevreuse est tenté de passer sa vie dans son cabinet à lire, à étudier, à se morigéner sans cesse, à s'imposer pour soi ou pour les autres des occupations dont quelques-unes en elles-mêmes peuvent sembler fructueuses et nourrissantes. Fénelon l'avertit de ne pas trop se livrer à sa pente : il croit utile qu'il ait quelquefois entretien avec un ami, avec quelqu'un de simjîle, de pieux, de sincère : « Cette personne, lui dit-il, vous consolerait, vous nourrirait, vous développerait à vos propres yeux, et vous dirait vos vérités 12). » On a beau se persuader qu'on se dit à soi-même des vérités, on n'y atteint jamais complète-