CR. C. VII. p. 348. — Cf. aussi VIII
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les sujets des quelques lettres que nous avons de Fénelon à la duchesse deMortemart. Cette àme délicate ne se contentait pas d'une vertu moyenne, elle voulait une perfection impossible ici-bas. Le pieux archevêque lui apprend à se supporter, à corriger ses défauts sans trouble, à vivre confiante dans la bonté de Dieu qui se contente de nos désirs et de notre amour.
Parmi les membres de la famille Colbert, nous ne devons pas omettre le fils aine, le marquis de Seignelay, secrétaire d'État de la marine. Fénelon lui envoyait ses rapports au cours de ses missions en Saintonge. Sa santé, affaiblie par les plaisirs, ne put supporter les fatigues du travail énorme que lui donnait sa charge ; il mourut jeune encore, à l'âge de trente-neuf ans.
Les prières de ses sœurs, leur exemple et la sérénité de leur vie touchèrent l'àme de cet homme, tout engourdie et oublieuse de Dieu. Il s'adressa à Fénelon pour l'aider à réformer sa conduite. Ce n'est plus le missionnaire qui, timidement, objecte quelque difficulté aux ordres sévères et impolitiques du ministre, le prêtre est devenu le guide et le maître de cette âme malade, attristée, aux confins de la vie.
Ce changement d'attitude n'a rien qui puisse nous surprendre. Nous voyons tous les jours la contrepartie. Un médecin, à genoux et tremblant le matin aux pieds du prêtre, attentif à ses conseils et à ses avis, le soir donner des ordres au confesseur, taillant dans le vif, s'il est besoin, et exigeant une obéissance passive. Dans les affaires de conscience, Fénelon prêtre est supérieur au ministre Seignelay ; le prêtre est plus haut que les rois, il domine les anges ; il ne "faut pas l'oublier, le prêtre est un autre Christ.
Fénelon parle à ce malade le langage d'un directeur sûr de sa doctrine, et il le fait avec une franchise salutaire. Il frappe, mais c'est pour guérir ; il secoue cet homme endormi, mais c'est pour faire tomber les écailles qui lui cachent la lumière du jour ; il ranime cette àme à demi-morte en lui disant la douceur de l'amour, la bonté de Dieu et la gloire du ciel.
Le directeur fait son devoir tout entier; il a des paroles menaçantes ; il montre à ce puissant de la terre la faiblesse de l'homme, le néant des ambitions mondaines, les terribles leçons de Dieu : « Rien n'est meilleur que de vous défier de vous-même. C'est le fruit que vous devez tirer de vos chutes. C'est pour vous humilier que Dieu a permis qu'elles aient été si fréquentes, si longues, si profondes ; et après tant de grâces reçues autrefois, vous aviez plus de besoin qu'un autre de tomber de bien haut, parce qu'il faut abaisser votre hauteur qui est extrême et écraser votre orgueil qui se relèverait toujours. Mais la défiance de vous-même ne doit pas diminuer la confiance en Dieu (i). »
Dieu <i vous humilie en vous instruisant. D'ailleurs, il vous tient dans un état d'impuissance qui renverse tous les projets de votre ambition. Toutes ces hautes pensées, dont vous aviez nourri votre cœur depuis si longtemps, s'évanouissent. Votre sagesse est confondue (2)... Il ne vous reste donc, ou que de retomber dans un affreux désespoir, dans l'abîme de l'iniquité, livré à vous-même, au monde insensé et à tous vos tyranniques désirs, ou de vous abandonner sans réserve au Père des miséricordes (3) ». Voilà les phrases qu'on trouve trop dures dans la bouche d'un directeur ; elles rappellent les imprécations des prophètes d'Israël. On ne saurait juger un auteur par deux
I. Œ. C, \'ll, p. 204. — 2. Ibid., p. 2<)(». — ;,. Ibid., p. zoi.
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OU trois phrases, extraites de toute une correspondance et séparées de leur contexte. C'est de la mauvaise critique.
Nous voudrions pouvoir transcrire toute la lettre dans laquelle se trouve la dernière citation. Elle est admirable de dignité sacerdotale, de ton grave, d'émotion profonde et communicative ( i ).
Fénelon rappelle au ministre Seignelay que le cœur de l'homme ne doit pas rester partagé entre le monde et Dieu. Nul ne peut servir deux maîtres.
Il faut choisir : « Il faut que votre cœur soit rempli ou de Dieu ou du monde. S'il l'est du monde, le monde vous rentraînera insensiblement, et peut-être, tout à coup, dans le fond de l'abîme. S'il l'est de Dieu, Dieu ne vous souffrira point dans une lâche tiédeur ; votre conscience vous pressera ; vous goûterez le recueillement ; les choses qui vous ont charmé vous paraîtront vaines et frivoles ; vous sentirez au dedans de vous une puissance à laquelle il faudra que tout cède peu à peu ; en un mot, vous ne serez point à Dieu à demi. Si vous cherchez, par de faux tempéraments, à partager votre cœur, Dieu, qui est jaloux, rejettera avec horreur ce partage injurieux qui le met en concurrence avec la créature, c'est-à-dire avec le néant même. Il ne vous reste donc ou que de retomber par un aifreux désespoir dans l'abîme de l'iniquité, livré à vous-même, au monde insensé et à tous vos tyranniques désirs, ou de vous abandonner sans réserve au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation qui vous tend les bras malgré vos ingratitudes. » Nous croyons comprendre que l'effet de cette dernière phrase n'est pas la même, présentée ainsi dans le développement de la pensée, et comme conclusion. Puis Fénelon fait parler le monde et Dieu ; rien de