‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 172 sur 250 · Œ. C, VII, p · texte numérisé non relu

Œ. C, VII, p

JtX) FENELOX DIRECTEUR DE CONSCIENCE

plus saisissant que ce parallèle. Le directeur ne cache pas les déchirements de cœur que les passions font sentir, avant d'être bien étouffées. « Quoi donc! diront-elles, vous nous dites un éternel adieu! Vous ne nous verrez plus ! et toute votre vie ne sera plus que gêne et que tristesse (i). » Mais Dieu parlera à son tour : « Il vous fera sentir la joie d'une conscience purifiée, la paix d'une àme que Dieu réconcilie avec lui, et la liberté de ses vrais enfants. Vous n'aurez plus de ces plaisirs funestes qui enivrent l'àme, qui lui font oublier son malheur à force de l'étourdir ; mais vous aurez ce calme intérieur et ce témoignage consolant qui soutient contre toutes les peines... Vous aimerez tout ce que vous ferez, puisque vous aimerez la volonté de Dieu qui vous y déterminera ; vous ne voudrez plus aucune des choses que Dieu ne vous donnera point ; vous porterez dans votre cœur une source inépuisable de consolation et d'espérance contre tous les maux de la vie. Ainsi, les maux se changeront en biens ; les maladies, les contradictions, les travaux épineux, la mort même, tout deviendra bon, car tout se tourne à bien, comme dit saint Paul, pour ceux qui aiment Dieu. » 11 ajoutait, en terminant cette partie de sa lettre, ces paroles pleines de la majesté divine et de l'éloquence enflammée des prophètes : « Eh! pourquoi ne l'aimeriez-vouspas, puisqu'il vous aime tant? Avez-vous trouvé quelque chose déplus doux à aimer et de plus digne de votre amour ? Le fantôme du monde va s'évanouir; cette vaine décoration disparaîtra bientôt; l'heure vient, elle approche, la voilà cjui s'avance, nous y touchons déjà, le charme se rompt, nos yeux vont s'ouvrir ; nous ne verrons plus que l'éternelle vérité. Dieu jugera sa créature ingrate. Tous ces insensés qui passent pour sages seront convaincus de

1. .i.iiiii AuLjustin, Confessions, liv. \'III, ih. Il, n. lu.

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folie ; mais nous qui aurons connu et goûté le nom de Dieu, nous laisserons-nous envelopper dans cette condamnation ? »

La lettre se fait pratique ; Fénelon apprend à Seignelay à aimer Dieu, à prier. C'est le même bon sens que nous avons remarqué si souvent. Il le met en garde contre cet amour sensible. « Si Dieu vous donne ce goût pour vous faciliter les commencements de votre retour, il faut le recevoir, car il sait mieux que nous ce qu'il nous faut. Mais s'il ne vous le donne point, n'en soyez pas en peine ; car le vrai et pur amour de Dieu consiste souvent dans une volonté sèche et ferme de lui sacrifier tout. » La prière doit être « simple, beaucoup du cœur, très peu de l'esprit; des réflexions simples, sensibles et courtes, des sentiments naïfs avec Dieu, sans s'exciter à beaucoup d'actes dont on n'aurait pas le goût » . Les distractions ne doivent point étonner : a Toutes les fois que votre attention se relâche, reprenez le livre et ne vous inquiétez pas ; l'inquiétude sur les distractions est la distraction la plus dangereuse. » Il dira même que a s'impatienter contre son impatience, c'est envenimer sa plaie (i) ».

Toutes ces lettres à Seignelay sont du meilleur Fénelon ; si l'on veut trouver dans certaine correspondance un peu de subtilité, ici, il n'y a rien de tout cela ; c'est vrai, digne, juste. Il écarte ces dévotions « timides, exagérées, où l'on croit que Dieu ne pardonne rien ». II demande des lectures et des prières « très courtes », car il faut ménager dans un malade « l'esprit » et « le corps ». Il l'encourage à suivre droit son chemin, sans s'occuper des critiques du monde, à ne pas rougir de l'Évangile. « Dieu portera le fardeau pour vous, et son ange aura soin que vous ne heurtiez pas même du pied

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