Crouslé, I, p
lier (i) :j. Pour Télémaque, c'est une narration fabuleuse où j'ai mis les principales instructions qui conviennent à un prince. Je l'ai fait dans un temps où j'étais charmé des marques de bonté et de confiance dont le roi me comblait. Il aurait fallu que j'eusse été non seulement l'homme le plus ingrat, mais encore le plus insensé, pour vouloir faire des portraits satiriques et insolents. J'ai horreur de la seule pensée d'un tel dessein... Je n'ai jamais songé qu'à amuser le duc de Bourgogne et à l'instruire en l'amusant, sans jamais vouloir donner cet ouvrage au public. Tout le monde sait qu'il ne m'a échappé que par l'infidélité d'un copiste. »
L'idéal du prince que Fénelon présentait au duc de Bourgogne apparaissait comme absolument contraire à la conception que Louis XIV s'en était faite. Mais qui s'en plaindra? ce n'est pas nous, qui connaissons l'histoire du xvm° siècle.
Les principes généraux de morale cjui conviennent à tous les hommes, Fénelon a soin de leur donner un tour particulier qui convient aux rois. Il leur recommande de ne pas oublier que. leur but unique et essentiel est de ne vouloir l'autorité et la grandeur pour eux-mêmes, parce que cette recherche ambitieuse ne pourrait satisfaire qu'un orgueil tyrannique. Ils doivent rendre les hommes bons et heureux. Que Télémaque, quand il sera roi, aime ses sujets comme ses enfants ; qu'il exerce la justice en faveur du pauvre contre le riche, qu'il déteste la flatterie ; qu'il fuie, comme le plus grand des fléaux, cette maladie des rois qui fait mourir les peuples, l'ambition ; qu'il évite toute guerre, qui ne soit pas nécessaire et légitime ; cju'il soit fort pour repousser un voisin dangereux ; qu'il observe toujours les lois de la clémence et de l'humanité : « Il ne croira pas que tous les moyens sont l)ons pour s'assurer la victoire ; il triomphera non