Œ. C, VII, p
tout ce qu'il lui plaît pour sa gloire. Il faut qu'il vous aime beaucoup, puisqu'il vous donne son amour, au milieu de tout ce qui est capable de l'éteindre dans votre coeur... Appliquez-vous à vos devoirs, ménag-ez votre santé, et modérez vos goûts, pour ne point épuiser vos forces. Je ne vous parle que de Dieu et de vous : il n'est pas question de moi. Dieu merci, j'ai le cœur en paix : ma plus rude croix est de ne point vous voir ; mais je vous porte sans cesse devant Dieu dans une présence plus intime que celle des sens. Je donnerais mille vies comme une goutte d'eau, pour vous voir tel que Dieu vous veut (i). »
Fénelon n'oubliait pas son disciple bien-aimé. Il correspondait secrètement avec ses amis les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse qui, d'après ses conseils, ne cessaient de travailler avec le duc de Bourgogne, écrivaient pour lui des mémoires, s'entretenaient de leurs espérances, de leurs projets, de Fénelon absent par le corps, mais présent par l'àme et l'esprit. Dans ces longues lettres entre Cambrai et Versailles, on remarque une sincérité, une liberté, une élévation de sentiments rares ; pas un mot qui détonne, pas une expression, indice d'un sentiment vulgaire. Nous vivons dans un ciel serein, où l'écho des passions humaines arrive parfois encore, sans jamais le troubler.
Fénelon ne s'est jamais désintéressé des affaires publiques. C'était un bon Français ; il agit avec un vrai dévouement au roi et à l'Etat. S'il juge avec sévérité, parfois avec rigueur, jamais le ressentiment per-