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peut être utile sous des formes de gouvernement toutes différentes.
Le dauphin mourut en 171 r. Son successeur indiqué était l'élève de Fénelon. Rien ne séparait plus le jeune duc de la royauté qu'un vieillard affaibli ^'^ Dans cette occurrence, la place de Mentor était indiquée. Il fallait préparer le plan d'une politique nouvelle pour ne pas être pris au dépourvu.
Le duc de Chevreuse et Fénelon se réunirent à Chaulnes, demeure antique des Chevreuse. Ils tinrent de longues et importantes conversations, dont les résultats furent consignés dans des maximes courtes et abrégées, que l'on appelle communément les l^ables de Chaulnes.
'"Cëst dans ces tables que Fénelon s'est le plus rapproché de la politique pratique. Nous trouvons tout un plan d'organisation générale politique, sociale, judiciaire, économique où abondent des idées neuves pour l'époque, qui devaient plus tard entrer dans la réalité, et dont l'ensemble ne fait pas moins d'honneur à la sûreté du jugement de l'auteur qu'à l'étendue, à la souplesse et à la fécondité de son esprit.
Il veut d'abord rendre à l'Église de France sa légitime indépendance, en la délivrant de ces fameuses libertés gallicanes, « libertés à l'égard du pape, servitude envers le roi... Le roi, dans la pratique, est plus chef de l'Eglise que le pape en France ». Les rois sont les protecteurs des Canons; mais protection ne dit ni décision, ni autorité sur l'Eglise. C'est seulement un appui pour elle contre ses ennemis et contre ses enfants rebelles, un secours prêt pour suivre ses décisions, non pour les prévenir jamais.
On s'est souvent demandé si cette politique était vraiment libérale, ouverte vers l'avenir, et si ce n'était pas j)lutôt un souvenir du passé, un regret d'une
monarchie aristocratique. Fénelon n'a pas pensé affaiblir la noblesse ; il la considérait comme une partie essentielle du gouvernement. Il faut entre le peuple et le roi, un lien, un intermédiaire, sous peine d'isoler l'un de l'autre et rompre l'union qui fait la force de la nation. En réunissant autour de lui à Versailles, pour s'en faire une Cour, les membres les plus connus de la vieille noblesse française qui avaient la confiance du peuple, Louis XIV commit une faute. Entassés dans les palais royaux, ils se désintéressaient du bonheur et du bien-être de leurs sujets, qu'ils pressuraient pour subvenir aux frais immenses de fêtes multiples et luxueuses. Le peuple oublié se détacha lentement du roi jusqu'à perdre le souvenir des bienfaits antiques de la famille royale. Les provinces de la France, qui saluèrent les premières la Révolution, furent celles que les vieux propriétaires fonciers avaient quittées, pour vivre près du roi. La Bretagne resta fidèle à la royauté, parce qu'elle fut attachée aux familles nobles mêlées à sa propre vie. La noblesse est si nécessaire que Na- 'poléon en créa une nouvelle pour remplacer celle qui avait disparu ou qui ne voulait pas le servir et le reconnaître. Fénelon veut qu'on rende à la noblesse le rôle qui lui appartient dans un Etat bien organisé. Ce ne sera plus une simple décoration de la royauté, mais un corps intermédiaire puissant, honoré pour ses services, maintenant les bonnes traditions, une force vive de l'Etat, capable en même temps de servir d'appui au trône et de contrepoids à l'omnipotence du roi.
Ce qui fait le plus grand honneur à Fénelon, ce qui prouve qu'il avait l'esprit tourné vers l'avenir, aussi bien que vers le passé, c'est le sentiment profond qu'il a eu de la nécessité d'associer la nation à l'autorité royale. Ce qu'il dit de l'insuffisance du despotisme est éternellement vrai : « Notre mal, écrivait-il en 1 7 1 o au duc de Che-
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vreuse, vient de ce (jue cette guerre n'a été jusqu'ici que l'affaire du roi, qui est ruiné et discrédité. Il faudrait en faire l'affaire véritable de tout le corps de la nation^^lle ne l'est que trop devenue ; car, la paix étant rompue, le corps de la nation se voit dans un péril prochain d'être subjugué... Il faudrait (]u'il se répandît, dans toute notre nation, une persuasion intime et constante, que c'est la nation elle-même qui soutient le poids de la guerre... Alors chacun dirait en soi-même : il n'est plus question du passé, il est question de l'avenir. C'est la nation qui S: doit se sativer elle-mê?ne{\). » L'homme qui a écrit cette page est un des précurseurs de l'esprit libéral moderne ; il a eu le juste pressentiment de ce qu'on a appelé le gouvernement du pays par le pays. Il demande en effet que l'on revienne aux Etats Généraux. « Elus librement, sans nulle recommandation du roi cjui tournerait en ordre » , les députés seront les vrais représentants de la nation, pourront faire entendre avec indépendance ses vœux et ses réclamations, et apporteront à l'autorité royale des lumières et un solide appui pour le gouvernement.
On sait combien la centralisation administrative avait fait de progrès au temps de Louis XI\'; elle tendait à substituer peu à peu le mécanisme administratifs la vie organique, dont doit vivrel'Etat. Comme remèdeà ce mal social, devançant le grand mouvement qui, à la veille de 1 789, devait se produire en faveur des assemblées provinciales, Fénelon voulait établir partout les Etats provinciaux: « Etablissement d'Etatsparticuliersdanstoutcsles provinces, comme en Languedoc », qui se trouvait si bien d'être gouverné de la sorte : « on n'y est pas moins soumis «lu'ailleurs, on y est moins épuisé. » 11 avait bien raison de mettre en avant un tel exemple. Chaque année, les intérêts de la province étaient discutés sérieu-