‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 19 sur 250 · Introduction à la vie devoir, ;," partie, cli. xxxv · texte numérisé non relu

Introduction à la vie devoir, ;," partie, cli. xxxv

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nation féminine. Une femme, sous l'impression de ses nerfs, prend pour véritables les choses les plus fausses, souffre de ses erreurs et fait souffrir les autres. « Leur sexe, dit François, est plus adonné à la créance des songes, à la crainte des péchés et à la crédulité des superstitions. Il leur est surtout avis qu'elles voient ce quelles ne voient pas, qu'elles oient ce qu'elles n'oient pas, et qu'elles sentent ce qu'elles ne sentent pas .»

Quand il s'agit de la piété, cette tendance les porte à l'illuminisme. François s'efforce de ramener au calme ces âmes inquiètes. Elles doivent être de « petites brebis », de «petites colombes, toutes simples, douces et aimables (i)» ; elles doivent avoir des habits simples, mais a selon la propre bienséance et convenance (2) », la juste mesure en tout. François leur prêche le support du prochain, une humeur pliable ; il reprouve ces âmes qui s'attachent à tels exercices et qui s'attristent à la vue des croix. Voulez-vous reconnaître l'esprit de piété dans une âme : interrompez-la, tandis qu'elle prie ; une âme qui a « la vraie liberté » ne sera pas chagrinée, ni « étonnée », mais elle apparaîtra « avec un visage égal et un cœur généreux à l'endroit de l'importun qui l'aura incommodée ; car, ce lui est tout un, ou de servir Dieu en méditant, ou de le servir en supportant le prochain ».

Les devoirs d'état doivent être au premier rang. Et si moi, évêque, dit-il {3), au lieu de gouverner mes brebis, « je demeure toute la semaine en oraison, et que je jeune toute ma vie, je me perds ». Il faut servir Dieu non « à notre volonté, mais à la sienne ».

A la vérité, ces choses si simples sont plus difficiles que les grandes actions, parce qu'elles demandent une attention quotidienne, une lutte sans fin avec l'amourpropre, car Tamour-propre ne meurt pas. « Il ne bouge

I. CE. C, VI, p. 231. — 2. Ibid., VI, p. 337. — 3. Lettre à la présidente Bruslard.

de chez nous; quelquefois, il dort comme un renard, puis tout à coup se jette à l'épaule et la mord (i). »

Certains fiers esprits trouvant cette dévotion élémentaire, le Saint conseille d'éviter les désirs d'une perfection « qui peut être imaginée, mais non pratiquée, et de laquelle plusieurs font des leçons, mais nul n'en fait les actions (2) ». Enseignons ce qui est possible et moins nombreux seront les désespérés ; Dieu a bien fait toutes choses. Nous sommes de pauvres gens : « à petit mercier, petit panier. »

François de Sales use de grands ménagements pour amener à cette dévotion simple et solide dont l'humilité est la base. Il ne se lasse pas ; il étonne quelquefois ses pénitentes fatiguées, et lasses de ne pas se corriger assez vite, de voir toujours les mêmes défauts : « Chères imperfections, dit-il, qui nous font connaître notre misère, nous exercent en humilité et mépris de nousmêmes, en la patience et diligence. »

Les correspondantes de François n'étaient pas toujours disposées à recevoir ces avis si simples, si forts, et si opposés à l'amour de soi. Quelquefois, elles ne répondaient pas à ses conseils. Le pieux directeur faisait alors les avances et ramenait tout doucement la fugitive par quelque parole affectueuse. Car il aima profondément ; c'est là le secret de sa puissance. « Il ne se contente pas, dit Bossuet, de répandre des lumières dans l'esprit, il en veut au cœur. » Et qui sait résister à l'amour ?

Les lettres de l'évêque de Genève à Mme de Chantai sont remplies de la plus belle tendresse. Comme François était à Dijon, la fille du président Fremyot lui confiâtes secrets de sa conscience ; et, dès la seconde confession, le Saint « sentit son âme se loger si intimement dans la sienne » qu'il en fut tout ému, « ne sachant ce que cela voulait dire ».

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