‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 198 sur 250 · Saint-Simon, VI, |). 02 et suiv · texte numérisé non relu

Saint-Simon, VI, |). 02 et suiv

2. Lire* dans Saint-Simon les réflexions du ci-I'-hre historitn sur cette mort tcrriljlf, \"l 12;') J^l)l.

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de Chevreuse cette belle lettre où se retrouve déjà l'indomptable énergie de son âme. C'est une lettre politique, mais rien ne fait plus d'honneur à Fénelon que cet oubli de sa propre douleur pour ne penser qu'au malheur de l'État. Il avait personnellement tout perdu, mais la France, elle aussi, avait fait une perte irréparable et c'est à elle seule qu'il pense :

« Hélas! mon bon duc, Dieu nous a ôté toute notre espérance pour l'Eglise et pour l'Etat. Il a formé ce jeune prince, il l'a orné, il l'a préparé pour les plus grands biens : il l'a montré au monde, et aussitôt il l'a détruit. Je suis saisi d'horreur, et malade de saisissement sans maladie. En pleurant le prince mort qui me déchire le cœur, je suis alarmé pour les vivants. Ma tendresse m'alarme pour vous et pour le bon {dîic de Beaiivilliers). De plus je crains pour le roi; sa conservation est infiniment importante...

« De plus, le roi est malheureusement trop âg"é pour pouvoir compter qu'il verra son successeur en âg^e de gouverner d'abord après lui. Quand même on serait assez heureux pour éviter une minorité selon la loi, c'est-à-dire, au-dessous de quatorze ans, il serait impossible d'éviter une minorité réelle, où un enfant ne fait que prêter son nom au plus fort. Il n'y a aucun remède entièrement sur contre les dangers de cet état des affaires. Mais si la prudence humaine peut faire quelque chose d'utile, c'est de profiter dès demain à la hâte de tous les moments pour établir un gouvernement et une éducation du jeune prince, qui se trouve déjà affermi, si par malheur le roi vient à nous manquer. Son honneur, sa g-loire, son amour pour la maison royale et pour ses peuples, enfin sa conscience exigent rigoureusement de lui qu'il prenne toutes les sûretés que la sagesse humaine peut prendre à cet égard. Ce serait exposer au plus horrible péril l'Etat et l'Eglise môme, que de n'être pas

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occupé de cette affaire capitale par préférence à toutes les autres. C'est là-dessus qu'il faut tâcher de persuader, par les instruments convenables, Mme de Maintenon et tous les ministres, pour les réunir, afin qu'ils fassent les derniers efiforts auprès du roi (i ). »

Si une chose put adoucir la douleur de Fénelon, ce fut le récit des derniers moments du jeune prince. « Les contemporains gardèrent, en effet, le souvenir de l'admirable spectacle, qu'offrit à la Cour de Louis XIV cette agonie d'un homme, frappé au milieu de la jeunesse et de toute la force de la vie, mourant sans un regret, joyeux même de la joie du chrétien. L'impression, produite par cette mort si douce et si courageuse, fut assez profonde pour qu'elle restât contre-signée dans tous les Mémoires du temps. Ce dut être une scène à la fois déchirante et pleine de grandeur que celle où l'on vit, au milieu des splendeurs de Versailles, cette mort de l'héritier du trône, à vingt-neuf ans, devenant par la foi chrétienne, l'espérance du bonheur céleste, le dédain de la vie, la reconnaissance sincère envers Dieu pour la délivrance d'une charge aussi écrasante que celle de régner, devenant, dis-je, comme un jour de triomphe pour celui qui échappait pour ainsi dire à la vie. Ce coup, qui réduisait tant d'espérances à néant, montra comme dans un lumineux éclair, et la fragilité des choses humaines, et la force invincible de ces croyances devant lesquelles la mort elle-même est forcée de s'avouer vaincue (2). »

Cette mort eût mis fin au rôle ingrat de conseiller que Fénelon jouait, depuis si longtemps, aui)rès de ses amis

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