‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 199 sur 250 · Emmanuel de Broglic, Fénelon à Cambrai, p · texte numérisé non relu

Emmanuel de Broglic, Fénelon à Cambrai, p

de Versailles, s'il eût été vraiment un ambitieux, comme on s'est plu à le dire. Tout était fini et mort pour lui; ' mais il aimait sincèrement son pays, et il ne se croyait jamais quitte envers lui. Aussi la correspondance avec V^"' Versailles reste aussi active que par le passé. Le péril imminent que la mort de Louis XIV fait courir à l'Etat exalte son patriotisme. D'aucuns voient dans ce oroùt si vif pour les choses politiques une sève d'ambition peu commune.

L'accusation n'est pas nouvelle. Saint-Simon insiste perpétuellement sur une veine secrète d'ambition, quand il parle de Fénelon ; le fameux duc et pair n'a pas pénétré à loisir dans toutes les parties de cette àme aimable, et il ajoute un mot qui aurait dû faire réfléchir les critiques postérieurs sur la valeur de son témoignage. Rappelant une conversation avec le duc de Chevreuse où il était question de Fénelon, l'historien ajoute : « Je ne le connaissais que de visage ; trop jeune quand il fut exilé, je ne l'avais pas vu depuis (i). »

Comment un historien peut-il bien appeler un personnage comme Fénelon « ambitieux », puisqu'il ne le connaissait pas (2) .''

L'accusation a été reprise de nos jours avec une certaine vivacité.D'après M. Brjanetière, cette ambition longtemps inconsciente, Fénelon n'aurait commencé à la sentir que fort tard, aprèsi 712, quand la mort du duc • de Bourgogne eut emporté dans la tombe ses dernières espérances. Même alors, pour se relever de sa chute, le prélat aurait fait un suprême effort, en se tournant vers

Page 1