‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 2 sur 250 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

/. Utilité de la direction de conscience. — //. Objections. — III. Qualités d'un bon directeur. — IV. Aficienneté de la directioti de conscie/ice : deux directeurs : un païen et un chrétien, Sénèque et saint Jérôme.

La direction de conscience existe, gouvernement difficile qui demande une pénétration merveilleuse et des procédés délicats. Ars artium, regimen animarum. L'âme, cachée dans les profondeurs de l'être, reste inaccessible aux regards. Ses manifestations extérieures ne sont souvent qu'un faible écho de l'agitation interne ; il arrive même que l'action est en désaccord avec la pensée. Qui se reconnaîtra dans ce labyrinthe ? qui lira dans ce livre à peine enlr'ouvert ? qui pourra dire à cette âme qu'elle se trompe et s'illusionne ? Bien hardi, ce téméraire qui prend ma place dans l'orientation de mon être ; bien habile, ce savant spirituel qui me connaît mieux que moi-même ; bien imprudent, cet homme qui joue avec mon bonheur et avec mes éternelles destinées. Et cependant, cet homme existe. Il s'appelle le directeur de conscience.

Dans le commun usage, le confesseur et le directeur se confondent, et cependant l'un n'est pas l'autre. Le confesseur entend l'aveu des fautes, les apprécie et prononce un jugement d'absolution, si les dispositions du pénitent sont suffisantes. Le confesseur, la plupart du temps, ne se borne pas là; il deviendra aussi directeur et, après le jugement rendu, il donnera des conseils, des encouragements, il répondra aux questions posées; mais, en théorie, et assez souvent en pratique, le confesseur et le directeur ont chacun leur rôle.

Le directeur connaît les fautes, mais surtout les habitudes, les tentations, les attraits ; son rôle est de conseiller, de dirio^er dans les voies de la perfection en signalant les écueils, contrôlant les appels intérieurs de la grâce, proportionnant les efforts aux forces et aux dispositions; en un mot, c'est un guide, un appui, un conseil.

La direction de conscience est si. utile qu'on cite à peine quelques exemples de haute perfection réalisée sans le secours d'un directeur. La loi générale est que, pour se diriger dans les voies parfaites, on ait recours à un guide. A la vérité, pour ceux qui se contentent d'observer les préceptes généraux de la morale, les commandements de Dieu, les devoirs communs de la vie, un directeur n'est pas absolument nécessaire ; dans le langage chrétien, on peut faire son salut sans cet appui ; mais il est des délicats en morale, comme en art et en littérarature ; ils veulent aller plus haut que la foule, ils aspirent au grand, ils écoutent avec attention les conseils du Christ et s'appliquent à la pratique des vertus héroïques. Pour eux, un directeur devient une nécessité ; il est difficile d'être un saint, surtout une sainte sans cela. La femme, par son tempérament même, agit avec passion, aussi bien dans le service de Dieu que dans les affections humaines. Bien rares sont celles qui possèdent l'exact et calme jugement indispensable au progrès de la perfection. La femme a besoin d'un soutien dans les affaires de l'âme comme dans les affaires temporelles. Ce besoin est tellement dans la nature que nous verrons des directeurs de consciences féminines dans la philosophie stoïcienne. « Soyez parfaits, dit le Christ, comme votre père céleste est parfait (i). » Mais que sommes-nous pour aller si haut .'^ libres, mais d'une volonté affaiblie ; intelligents, mais avec la vue obscurcie, nous ne pouvons pas marcher seuls. Ne voyez- vous pas les faiblesses de votre nature, vos facilités à tomber, vos langueurs, vos lâchetés, vos découragements ?

i. Mattli., V, 38.

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