‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 3 sur 250 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Sercz-vous capable de vous relever vous-même, être faible et impuissant? Presque personne n'est fort contre soi-même, pour se dompter ou se vaincre : il faut donc une influence étrangère pour assister une àme qui a failli et pour la guider dans une voie meilleure.

Cette incapacité de nous diriger tient surtout à la difficulté de nous bien connaître. La même situation, claire, facile, s'il est question des autres, devient obscure et compliquée, des qu'il s'agit de nous. Les excitations sensibles externes empêchent le plus souvent l'observation des mouvements intimes de l'âme. Nous ne saurions jamais nous désintéresser complètement de nous-mêmes : nous sommes frappés de suspicion légitime dans notre propre cause: aussi, devons-nous, comme le législateur, récuser de plein droit un juge dont les intérêts sont en jeu.

Quand bien même aucune influence ne viendrait arrêter l'effort de la volonté, paralyser les discussions de la conscience, « il est plus difficile de connaître son devoir que de le faire ( i ) . »

Tout n'est pas en morale aussi clair que nous serions disposés à le croire. Si, dans toutes les circonstances, il en était comme pour les principes premiers, si nous distinguions nettement les deux routes, celle du bien et celle du mal, tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes ; quelques conseils aidant, nous connaîtrions, comme nos premiers parents avant leur faute, le bon et le mauvais sans aucune crainte de se tromper.

Pratiquement, la démarcation n'est pas aussi bien établie, et il arrive que le mal se livre à de fréquentes incursions dans le domaine du bien. Comme le serpent, il rampe autour de nous, nous séduit, nous enlace. Il se fait accommodant, il ne nous demande pas de lui donner notre vie entière, mais un seul moment. Il se fait cauteleux pour obtenir une exception en sa faveur: Vénus s'habille en Minerve; il faut avoir le

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