‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 210 sur 250 · Saint-Simon, I\', p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, I\', p

2. Œ. C, VII, p. 247. Lettre du 16 juin 1701. — ;,. Ihid., p. 301. Lettre du 19 décembre 1709.

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lumières, les g-oùts et les sentiments de ferveur; l'autre est de ne se procurer jamais par infidélité cette espèce de distraction (i). » 11 l'encourage à détendre son àme par des amusements mesurés. Les néophytes sont exp'osés à méconnaître le vrai caractère de la piété, à passer de l'extrême liberté à l'extrême rigueur. Il lui demande de ne rien retrancher de ses devoirs à l'égard du public, de donner assez de temps aux visites de bienséance, d'être gai, content, heureux. L^a piété n'est pas triste. Sourire au ciel dans une prière d'amour réjouit l'àme et trace sur le front un rayon d'espérance : « Soyez gai... point de tristesse... point de gène... Il faut se donner quelques amusements pour se délasser lesprit (21. j> Pourquoi rechercher des pénitences? Vivre est une charge et à chaque jour suffit sa peine : « Il ne faut point recourir aux haires et aux cilices, ni s'enfuir clans un désert : il n'y a qu'à laisser prendre à Dieu les amusements d'enfant qu'il nous ôte. Sans excéder les bornes d'une vie commune, et sans ajouter aucune croix aux peines de notre état, nous mourons sans cesse à nous-mêmes, et nous sommes inépuisables dans les sacrifices que nous faisons à Dieu (3). » C'est toute la direction de saint François de Sales, ou plutôt c'est l'Evangile compris et appliqué.

Fénelon, qu'on représente parfois perdu tout entier dans les profondeurs de l'Etre divin, n'oublie pas les préceptes positifs de la morale chrétienne. Il était de mode, au XVli^ siècle, dans un certain milieu, de ne pas payer régulièrement ses dettes. Notre âge n'a rien changé dans ces détestables habitudes. Ceux qui mettent un certain orgueil à étaler leur « débet » sont de tous les temps et de toutes les époques. Dépenser sans payer, c'est la qualité d'un homme d'action, l'indice d'une grande for-

1. (IC. (."., \'ll, p. 3J4. Lettre du 1; septembre 1710. — 2. Ibid., \>. 3J5. — 3. ibid., p. 339. Lettre du 25 mars 171 1.

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tune, la marque d'un cœur détaché des biens périssables. Qui ne connaît ces femmes disting-uées, dont les réceptions défraient la chronique mondaine des feuilles publiques, qui apparaissent inondées du rayonnement des plus beaux bijoux, métamorphosées par les procédés coûteux d'un art que les sensuels Romains de l'Empire n'avaient pas connu ? Après bien des hésitations calculées et trop souvent justifiées, le créancier vient réclamer le prix de tout ce fatras. La porte est close pour cet importun visiteur. Et l'on s'étonne parfois du langage sévère des prédicateurs !

Eénelon ne comprenait pas que l'on fît passer la charité avant la justice. Si toutes les vertus sont belles, elles ne sont pas égales : « Songez à vos créanciers, dit-il au vidame, qu'il ne faut ni laisser en hasard de perdre, si vous veniez à manquer, ni faire attendre sans nécessité; car cette attente les ruine presque autant que le refus de les payer (i). » Une autre fois: «...Retranchez toute dépense inutile, épargnez soigneusement vos écus pour payer vos dettes et pour soulager de pauvres créanciers qui souffrent. Ménagez votre argent comme votre temps ! 2). »

Sachant que souvent la cause des maux est là oiî on ne la cherche pas, Fénelon avait découvert la raison de cet ennui continuel, de cette gène terrible, dont le vidame entretenait son maître spirituel. A la fin de la correspondance seulement, le lecteur s'aperçoit que le même conseil revient plusieurs fois sous la plume du savant directeur. Il est des gens toujours affairés, toujours surexcités, toujours en mouvement. Ils n'écoutent personne, n'entendent rien, ils sont sans cesse absorbés par quelque chose. Et, cependant, ils ne sont pas chefs d'Etat, ni ministres. Ils semblent très occu-

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