‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 217 sur 250 · MADAME DE GRAMONT · texte numérisé non relu

MADAME DE GRAMONT

plaisir dans le mal d'autrui... On est bien imparfait, quand on supporte si impatiemment les imperfections du prochain. A tant de maux, je ne vois de remède que l'espérance en Dieu, (jui est aussi bon et aussi puissant que vous êtes faible et mauvaise (i). »

Cependant, Mme de Gramont, se mettant à l'œuvre avec toute la volonté énergique d'une femme forte, tendait à dépasser la limite du bien. Elle en arrive à se tourmenter inutilement ; doit-elle rester à la Cour ? peut-elle se sanctifier dans un tel milieu ? Fénelon lui écrit des lettres admirables de bon sens. Le salut « est rouvrao;-e de tous les jours », et il faut le faire a clans l'état où la Providence nous a mis ». Le royaume de Dieu est au dedans de nous. Le souvenir de sa vie passée vient a^^iter cette àme encore timide et que la confiance dans un Dieu bon et miséricordieux n'a pa;-. encore calmée. Rien n'est si digne de la miséricorde de Dieu, qu'une « orande misère »... « Il faut remarquer que l'intégrité des confessions passées consiste, non à n'avoir rien omis de ses fautes, mais seulement à s'être accusé ingénument de toutes celles qu'on connaissait alors (2). »

Elle rêve une vie incompatible avec son existence ([uotidienne, des pénitences impossibles pour le moment présent. Fénelon la reprend doucement ; rien n'est plus beau (jue ce dialogue. Vous voudriez la liberté pour prier Dieu, et Dieu cjui sait mieux ce qu'il vous faut que vous-même, vous donne de l'embarras et de la sujétion

1. Œ. C, \'ill,p. 5()(). — Il écrira la même idée à la duchesse douairière de Mortemart (ii oct. 1710) : « C'est par imperfection qu'on reprend les imparfaits. C'est un amour-propre subtil et pénétrant qui ne pardonne rien à l'amour-propre d'autrui. Plus il est amour-propre, plus il est sévère censeur. 11 n'y a rien de si choquant que les travers d'un amour-propre, à un autre amour-propre délicat et hautain. Les passions d'autrui paraissent infiniment ridicules et insupportables à quiconque est livré aux siennes. »

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