‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 224 sur 250 · Œ. C\, \'III, p. U22.. — 2. 16/ J., pp · texte numérisé non relu

Œ. C\, \'III, p. U22.. — 2. 16/ J., pp

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pure, et quand même elles seraient en état dinnocence, leur iraaoination créerait de nouveaux sujets d'alarmes : « C'est de tout mon cœur que je vous conjure de communier demain sans vous confesser. Vous manquerez à Dieu si vous ne faites pas ce que je vous demande en son nom et pour lamour de lui ( i). » Un mois après, il revient sur le même conseil : « Pour vous, Madame, je vous conjure de communier demain sans vous confesser et de forcer tous vos scrupules, pour donner à Dieu cette preuve de votre sincère docilité à son ministre (2). »

Linciuiétude est la maladie de l'àme timorée. « Votre piété est un peu troj) vive et trop inquiète. Ne vous défiez point de Dieu : pourvu que vous ne lui manquiez point, il ne vous manquera pas (3)... L'inquiétude est le seul obstacle que je crains : je ne me défie que de vous (4). »

Fénelon, en présence de cette àme, fut pris d'une grande pitié, et, loin de se décourager, il commença cette longue correspondance qui dura quinze ans. Il vit bien que le seul moyen était d'obtenir l'obéissance. Tous les moralistes, qui ont analysé l'état d'àme des scrupuleux, ne voient d'autre ressource que dans l'abandon total delà volonté aux ordres du directeur. Il ne peut être question de direction ordinaire. Une conscience scrupuleuse est un cas pathologique, et les médecins ne craignent pas de dire que le remède énergique est dans l'abdication de la volonté propre. Quoi qu'on puisse dire, il n'y a rien de contraire à la nature ; quel malade, peu confiant dans la potion du médecin, ne l'a pas prise par pure obéissance ! Une personne, qui se sent incapable de conduire ^a vie, peut, sans nul doute, se confier à un ami, comme le voyageur se livre, docile, au matelot qui conduit la barque.

1. Œ. C, VIII, p. 629 (3 mars 1701). — 2. Ibid., p. (330 (2 avril 1701). — 3. Ibid., p. 016, — 4. Ibid., p. 061.

Les détracteurs de la direction de conscience n'ont pas song-é à prendre des exemples en dehors des personnes timorées, de qui le directeur exigeait plus ou moins l'abandon de la volonté. Fénelon a dirigé Mme de Montberon, la seule femme à qui il ait demandé une plus grande obéissance, et il passe pour autoritaire. Nous trouvons même qu'il n"a pas assez usé de son autorité ; après deux cent vingt-cinq lettres et quinze ans de lutte, Mme de Montberon n'avait pas changé, à part quelques soulagements passagers ; Fénelon lui écrivait, dans sa dernière, les conseils qu'il avait jadis envoyés. « L'esprit de Dieu est toujours dans une action paisible. R.etranchez donc tout ce qui irait plus loin, et qui vous donnerait quelque agitation. Le ]:)arfait amour chasse la crainte ( i). Calmez votre esprit en Dieu, et que l'esprit calmé prenne soin de rétablir le corps. Retirez-vous en celui qui tranquillise tout, et qui est la paix même (2). »

Respectueux de la volonté et de la liberté, il voulut conduire par le raisonnement cette femme qui demandait des remèdes, sans vouloir guérir. 11 lui montre d'abord le ridicule des scrupules : « Les choses que vous vous reprochez, et dont vous dites que vous avez horreur, ne sont que des faits sans malignité, et sans aucune véritable conséquence pour le prochain, que vous dites en conversation. En vérité, est-ce là de quoi se troubler? Ces bagatelles excitent vos scrupules; vos scrupules excités troublent votre oraison, vous éloignent de Dieu, vous dessèchent, vous dissipent, réveillent vos goûts naturels et vous mettent en tentation contre votre grâce. Voyez combien le remède est pire que le mal. Le mal n'est qu'imaginaire ; le remède est un mal réel 131. »

I. 1 Joann., iv, 18. — ^. Cli. C, VIII, p. 709. — 3. /ait/., p. 029.

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Puis il indique avec délicatesse des moyen •. de guérison : <<. Vos besoins sont des droits que vous avez de me demander du secours. Puisque Dieu le veut, je le veux aussi ; mais je vous demande deux choses, l'une est de ne rien cacher, et l'autre de faire ce que ie vous dirai ])our vaincre vos scrupules (i). » Il revient souvent sur l'obéissance : « La docilité est la seule ressource contre le scruinilc. Vous êtes scrupuleuse sur des bagatelles, et vous ne l'êtes point . ur une si grande indocilité: elle est très contraire au véritable esprit d'oraison. Pardonnez ce reproche (2).,. Si vous étiez simple, vous obéiriez san ; raisonner et sans vous écouter. » Puis il njoute : « [e n'ai garde d'entrer dans votre conduite, ni même de demeurer uni à vous, si vous ne me promettez les chosfes suivantes : 1" A'ous ferez tout ce qu'on vous dira pour augmenter votre sommeil et votre nourriture ; 2" vous suivrez la règle du P. R. pour vos confessions ; 3° vous chercherez simplement les consolations et les soulagements d'esprit qui vous conviennent. Je demandelà-dessus uneréponse prompte, franche et décisive 3 . »

Mme de Montberon fut j^einée de ce traitement violent ; les malades demandent de grands ménagements. « Si mes paroles sont dures. Madame, lui répondit Fénelon, n'oubliez pas, s'il vousplait, mes expériences. Les termes modérés ne sont pas assez forts pour réprimer vos scrupules. Vous savez bien que mon cœur est très éloigné de vous traiter durement... Je ne m'effraie pas de votre activité involontaire, mais seulement de votre indocilité et de votre réserve volontaire, qui rend inutiles tous les secours de la direction, et qui vous replonge dans vos maux... La docilité serait le remède de tous vos maux. L'indocilité rend tous les remèdes

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