‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 225 sur 250 · I. CE. C, VIII, p. 630. — 2. lèi':/., p. 63^. — 3. /6/d · texte numérisé non relu

I. CE. C, VIII, p. 630. — 2. lèi':/., p. 63^. — 3. /6/d

inutiles : par là on est toujours à recommencer (i)... Vous demandez de la consolation : sachez que vous êtes sur le bord de la fontaine, sans vouloir vous désaltérer. La paix et la consolation ne se trouvent que dans la simple obéissance (2)... Votre prétexte pour désobéir est de dire qu'on ne sait pas votre état, et qu'on n'a pas écouté toutes vos raisons. Mais quelle est la personne indocile dans ses vains scrupules, qui n'en dise pas autant pour s'autoriser dans sa désobéissance? Tournez votre scrupule contre votre indocilité : vous avez l'expérience que vos raisons, dès que vous les dites, ne sont plus des raisons. Il ne faut donc plus les écouter, mais obéir simplement (3). »

Il arriva que la comtesse de Montberon devint plus tranquille ; heureux, Fénelon lui écrit ce court billet d'où rayonne une douce joie : « M. le comte de Montberon vient de me soulager le cœur en m'assurant, ma chère fille, que vous êtes aujourd'hui plus tranquille. Dieu en soit béni. Je suis trop sec, trop distrait, trop occupé d'ailleurs, trop peu compatissant ; mais j'ai bonne volonté, et les moindres rayons de consolation que j'entrevois en vous me donnent une joie que je ne puis vous exprimer. Dieu nous a unis en lui. Supportezmoi, et soyez persuadée que vous ne sauriez me fatiguer {4). » Ce ne fut que passager, bientôt il fallut recommencer les mêmes avertissements, les mêmes conseils.

On a trouvé, dans les lettres à Mme de Montberon, (juelques expressions doucereuses, mièvres, ou encore une tendance à une dévotion extraordinaire. Il ne faut pas oublier quelle était la femme du gouverneur de Cambrai. Très pieuse, elle avait l'àme malade; ses scrupules lui avaient enlevé la liberté, la paix, la joie ;

I. Œ. C, VIII, pp. 034-035. — 2. Ibid., p. 037. —3. Ibid., p. 654. — 4. Ibid., p. 063.

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Fénelon, pour la guérir, voulut la tourner vers Dieu clans un acte d'abandon total. Il lui souhaite l'amour simple de Dieu, l'amour de l'enfant pour sa mère ; il savait que les enfants ne craignent pas leur mère. Le scrupule est la méconnaissance de Dieu notre père, notre frère, notre ami ; l'amour sait tout dire, il n'hésite pas, il ne craint rien. « 1 'amour est un grand casuiste pour décider les doutes (i). » Mais l'abandon va encore plus loin. S'abandonner, c'est se renoncer, se quitter, s'aliéner, se perdre, et tout ensemble se livrer sans mesure, sans réserve et presque sans regard, à celui qui doit posséder. C'est la vie des enfants de Dieu. Cet état est plus parfait que l'amour des souffrances, car rien n'immole tant l'homme que d'être sincèrement petit. L'orgueil est le premier des maux, l'esprit d'enfance le tue plus sûrement que l'esprit de pénitence. L'homme se retrouve aisément, quand il lutte avec la douleur ; il peut s'y croire grand et s'y admirer lui-même : s'il est vraiment enfant, l'amourpropre est désespéré. L'abandon donne à l'àme la liberté, la paix, la joie, et c'est pourquoi Fénelon le prêche tant à cette femme, esclave de ses scrupules, troublée et remplie de tristesse.

« Si vous êtes fils et vrais enfants du Père, vous serez vraiment libres (2) », et Bossuet ajoute : « Si quelque chose est capable de rendre une àme libre et de la mettre au large, c'est le parfait abandon à Dieu et à sa volonté. » C'est le tombeau des scrupules. « On écrit des livres entiers sur la nature et le traitement de cette horrible maladie ; tout s'y réduit à obtenir que le scrupuleux s'abandonne (3). » Il n'est donc pas étonnant que Fénelon revienne si souvent à cet état, a Où

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