‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 226 sur 250 · Joann., viii · texte numérisé non relu

Joann., viii

3. Mgr Gay, De la vie et des "Oerlus chrétiennes, III, p. 183.

est l'esprit de Dieu, là est la liberté (i) ; où est la gène, le trouble et la servitude, là est l'esprit propre, et un amour excessif de soi. Que le parfait amour est éloigné de ces inquiétudes 1 on n'aime guère le bienaimé, quand on est si occupé de ses propres délica tesses (2)... L'unique source de la paix est l'abandon sans réserve. L'abandon ne permet plus de s'écouter volontairement. N'espérez point la paix, ni en écoutant les délicatesses de l'amour-propre, ni en voulant fuir Dieu. Vous trouveriez dans les solitudes les plus éloignées tous les tourments de ramour-j:)ropre, si vous y alliez pour vous soustraire aux jalousies de l'amour de Dieu, et pour flatter celles de l'amour-propre (3 ... Ce que je vous désire \A\.\s> que tout le reste, est un profond oubli de vous-même. On veut voir Dieu en soi, et il faut ne se voir qu'en Dieu, Il faudrait ne s'aimer que pour Dieu, au lieu qu'on tend toujours, sans y j^rendre garde, à n'aimer Dieu que pour soi. Les incjuiétudes n'ont jamais d'autres sources que l'amour-propre : au contraire, l'amour de Dieu est la source de toute paix (4). » Chaque jour il répète la même chose, tant il attachait de l'importance à l'amour de Dieu et à l'abandon à sa volonté.

La mort le surprit réjiétant les mêmes conseils. Cette correspondance, qui montre l'attachement et le dévouement de Fénelon aux personnes qui s'adressaient à lui, prend parfois un air de tristesse : « J'aimerais mieux mourir, disait-il, que de manquer aux besoins des âmes qui me sont confiées. » 11 sourit quelquefois : « Je partagerai mon après-dinée en trois points, comme un sermon. Compagnie céans pour la cérémonie, visite cordiale chez vous, et promenade au sok'd 15). )) On le voit souffrir de l'inefficacité de sa

I. Il Cor., ni, 17.— 2. Œ. C, Vlli, p. 025. — 3. Ibid., p. oSj. — 4. Ibid., p. 709. — 5. Ibid., p. 075.

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parole, du désordre dame de sa « chère fille », des tristesses de cette femme dont il nous retrace les tourments. La peinture de cette âme, étreinte dans les réseaux serrés d'une conscience étroite, cet esprit tourmenté par une imagination surexcitée, ces déchirements intérieurs, terribles pour un cœur féminin, laissent une impression pénible. Nous constatons au moins que l'homme qui calmait ces douleurs savait, par son expérience personnelle, ce qu'est la souffrance morale et les efforts que fait Tamour-propre pour y échapper. a Votre àme est bonne et s'affermit dans ses bons désirs : ses croix sont grandes, mais il les lui faut avoir aussi grandes qu'elle les a. 11 n'y a que Dieu qui sache bien prendre la mesure de chacun de nous. Vous en prendriez trop en un sens et trop peu en un autre ; trop sur votre santé et votre courage naturel, mais trop peu sur votre délicatesse : toutes ces mesures sont fausses. Il n'y a qu'à laisser faire Dieu. C'est profondément couper dans le vif que de ne retenir rien de ce qu'il ôte, sans vouloir retrancher ce qu'il n'ôte pas. »

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