‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 229 sur 250 · LI-: MYSTICISME ET LA VIE RELIGIEUSIi · texte numérisé non relu

LI-: MYSTICISME ET LA VIE RELIGIEUSIi

un acte nu^ritoire; aller au-devant de la pauvreté demande un effort généreux (]ue les coura^-es vulgaires ne feront jamais.

Nous voulons être grands, honorés, considérés; c'est inhérent à la nature humaine. L'exemple de THomme- Dieu peut seul nous aider à ce sacrifice.

Le religieux s'attacjue non plus aux biens extérieurs, mais à l'homme même : après la jîauvreté, la chasteté, « excelsior ». Entre les deux parties dont le dualisme constitue notre être tout entier, il méprise la bête pour s'attacher à l'ange.

Toujours « excelsior » : il faut immoler tout l'homme. Le vœu d'obéissance consomme le sacrifice; tout disparaît, le principe mêmede toutes les énergies, la cause déterminante dc;^ actes internes : la volonté. Les trois vœux mettent l'homme dans un état de consécration, de donation de soi-même et de totale appartenance à Dieu.

Quels que soient les avantages et les charmes inconnus aux profanes des vœux de religion, nier l'énergie, le courage, l'héroïsme de cette pure victime pauvre et obéissante, c'est ignorer et les impérieux besoins de la nature humaine et les liens serrés et pressants qui attachent Tàme au corps. Le glaive cjui tranche ces racines demeure ensanglanté et l'àme, souvent en reste épuisée jusqu'au moment où le souffle divin ranime cette volonté, née j:)Our les grandes choses. Après les heures épuisantes de l'angoisse et des déchirements, la nue se dissipe et le ciel apparaît resplendissant ; des rayons tout nouveaux frappent ce cœur palpitant, des voix douces comme le miel et le lait chantent les victoires nouvelles. La paix se fait, et c'est alors que l'àme remercie Dieu d'avoir mis en elle ces désirs surhumains.

Dégagée des liens matériels, libre de toute sollicitude à l'égard des choses qui passent, l'àme s'élève

naturellement vers Dieu. Les illusions de la richesse ne sont plus là pour la séduire, les facilités qu'elle donne pour les plaisirs ont disparu, les orgueils dédaigneux qu'elle inspire ne sauraient trouver place en elle (i). Plus rien ne l'arrête, elle peut s'établir dans l'amour de Dieu. Maîtresse des sens, elle ne vit que de la pensée pure; incapable de vouloir autre chose que la volonté des supérieurs, elle ne craint plus derrer. C'est Dieu (]ui parle et elle écoute.

L'état religieux est tout préparé aux ineffables colloques de lame et de Dieu. Chaque jour, chaque heure est témoin des communications intimes du Créateur et de la créature. L'être créé se plonge dans sa source et s'épanouit tout entier dans son centre. Il devient un hymne à la divinité. En quittant pour jamais tout ce qui rabaisse, asservit et divise, il glorifie la sublimité, la liberté et l'unité de Dieu. En renonçant aux biens terrestres, il déclare que Dieu suffit : si on le possède, rien du reste n'est plus nécessaire : et il exalte par là, non seulement sa Providence, mais encore et surtout son opulence intime et sa plénitude infinie. En épousant la chasteté, il chante avec bonheur qu'auprès de sa beauté et des délices où elle jette l'àme qui la contemple, tout pâlit ici-bas; en se liant à l'obéissance, il honore merveilleusement sa souveraineté.

Un autre fruit de cet état religieux consiste dans l'union intime et féconde (ju'il forme entre les âmes et

I. Les paroles de Bossuet sont terribles (Panégyrique de saint François d'Assise) : « Une vierge peut conrevoir, une stérile peut enfanter, un riclie peut être sauvé; ce sont trois miracles dont les saintes lettres ne nous rendent point d'autres raisons, sinon que Dieu est toutpuissant. » C'est le commentaire de la parole du Christ : Fa? voits divitibus.

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Jésus-Christ. Jamais amour plus fort ne se forma, « c'est un vrai embrassement et comme une possession mutuelle, puisque l'unité constante des vouloirs fait que les deux esprits n'en font plus (ju'un. Et il n'y a pas à craindre c|ue la disparité des personnes altère en rien l'union des volontés, car l'amour ne sait plus ce que c'est que le respect (i). » Pour indiquer l'union intime de l'àme de la femme dans l'état religieux et de l'âme du Christ, les auteurs ascétiques n'ont pas trouvé d'autres expressions que celles de mariage, d'époux et d'épouse. Epouse du Christ, la religieuse contemple ses perfections et le suit dans tous ses mystères : elle l'y suit avec son amour. Elle écoute ses confidences; elle s'ouvre à ses épanchements ; elle vaque à ses plaisirs ; elle partage toutes ses joies ; elle entre dans ses ambitions, dans ses jalousies et, au besoin, dans ses colères. Au dedans, au dehors, elle lui tient fidèle compagnie; elle le dédommage, elle le console, elle lui sourit, elle le caresse.

Il n'y a pas lieu de s'étonner de ces familiarités. Dieu est un père, s'il devient l'époux de l'àme fidèle, il permet tout ; allez dans les couvents, pénétrez la vie intérieure de cette femme à genoux et souriante dans les austérités effrayantes pour ces membres délicats; demandez-lui la source de son dévouement, le secret de sa force, la raison de ses cris d'amour. Jésus le permet, l'amour se permet tout, c'est Lui qui console, c'est Lui qui sourit, c'est Lui qui m'attire. La religieuse se montre ici supérieure à l'homme. Si le prêtre, par la vertu de son sacerdoce et la fidélité aux grâces de son état; si le théologien, par la certitude de ses principes et l'évidence des conclusions qu'il en déduit, arrive à la science des mystères de la vie divine dans les âmes, sou-

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