‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 232 sur 250 · LA SCEUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN · texte numérisé non relu

LA SCEUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN

mêmes conseils. « Nulle instruction nest efficace que par l'exemple. Nulle autorité n'est su])portable qu'autant que l'exemple l'adoucit. Commencez donc par faire, et puis vous parlerez. L'action parle et persuade : la parole seule n'est que vanité. Soyez la plus petite, la plus pauvre, la plus obéissante, la plus recueillie, la plus détachée, la plus régulière de toute la maison... Ne flattez aucune imperfection, mais supportez toutes les infirmités. Attendez les âmes qui vont lentement; vous courriez risque de les décourager par votre impatience. Plus vous aurez besoin de force, plus il faudra y joindre de douceur et de consolation. Puisque le joug du Seigneur est doux et léger, pourquoi faut-il que celui des supérieurs soit rude et pesant? Ou soyez mère par la tendresse et la compassion, ou ne le soyez point par la place. »

Règles admirables de tact et de raison; Fénelon a le sens de la vie, il connaît l'humanité, il sait la faiblesse de l'homme. Il a remarqué que rien ne résiste à l'amour; il pouvait donner des conseils, les ayant depuis longtemps- mis à l'épreuve. « Montrez un cœur ouvert, et faites que chacun voie par expérience qu'il y a sûreté et consolation à vous ouvrir le sien. Fuyez toute rigueur ; corrigez même avec bonté et avec ménagement (i). »

Aux simples religieuses il enseigne l'abandon complet à la volonté de Dieu : toute la paix est là ; auparavant, il les met en garde contre les excès d'un esprit tout prêt aux plus durs sacrifices. Il faut tout souffrir pour celui c^ui a tant souffert pour nous, se dit intérieurement la religieuse, et aussitôt elle recherche, elle demande les plus rigoureuses austérités. Erreur, « La mortification de' la chair ne produit pas la mort de la

I. Œ. C, VIII, p. 459. Lettre à une Carmélite, sa nièce (19 juillet 1712).

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volonté. Si la volonté était morte, elle serait indifférente dans la main du supérieur et également souple en tout sens. Aussi plus on a d'attachement à ces mortifications extérieures, moins le fond de l'âme est réellement mortifié. Si Dieu avait des desseins d'attirer une àme à des austérités extraordinaires, ce serait toujours par la voie du renoncement total à sa pensée et à sa volonté propre f i). »

Seule et silencieuse devant son Dieu, la femme, retirée du monde et qui garde son Christ dans une union intime, croit souvent être l'objet de grâces spéciales, de dons extraordinaires; l'amour serait réciproque, et elle aime tant Jésus que les familiarités de celui-ci seront la récompense des ardeurs de celle-là.

Quelquefois ces mutuelles communications existent et elles enchantent l'âme jusc^u'à l'ivresse; mais souvent, très souvent, ce n'est qu'illusion pure.

« Pour tous les dons extraordinaires, il me semble qu'il y a deux règles importantes à observer, faute desquelles les plus grands dons de Dieu même ce tournent en illusion. La première de ces règles est de croire qu'un état de pure et nue foi est plus parfait que l'attachement à ces lumières et à ces dons. Quand on s'attache à ces dons, on s'attache à ce qui n'est que moyen, et peut-être même moyen trompeur... La seconde règle, qui n'est qu'une suite de la première, est de n'avoir jamais aucun égard aux lumières et aux dons qu'on croit recevoir et d'aller toujours par le non-voir, connue parle le bienheureux Jean de la Croix. Si le don est véritablement de Dieu, il opérera par lui-même dans l'âme, quoiqu'elle n'y adhère pas (2 1. » On ne pourra pas dire que la direction de Fénelon eût poussé les âmes dans les illusions.

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