LA SŒUR CHARLOTTE DE SAINT-CYPRIEN
L'àme est déjà préparée à s'abandonner à la volonté divine. « Dieu ne règ-ne point quand il n'est le maître qu'à une certaine mesure. Son règne doit être d'un empire souverain, et tout autre est indigne de lui. Il faut que sa volonté se fasse dans la terre comme dans le ciel(i). » Alors Dieu opère « la mort à soimême », dernier sacrifice, puisque nous tenons à notre moi toujours par quelque endroit. « Dieu, qui voit en nous ce que nous n'y voyons pas, sait précisément où il faut appliquer l'opération de mort : il prend ce que nous craignons le plus de lui donner. . . Il ne vous attaquera point dans les attachements profanes et grossiers, auxquels vous avez renoncé dès que vous vous êtes donnée à lui. Que peut-il donc faire? Il vous éprouvera par le sacrifice de votre avidité pour les consolations les plus spirituelles {2). »
Fénelon s'explique sur les points les plus délicats de la spiritualité, dans une lettre restée fameuse, à la Sœur Charlotte de Saint-Cyprien, religieuse carmélite. Cette lettre est d'autant plus précieuse qu'elle fut hautement approuvée par Bossuet, un an après les conférences d'Issy, dans un temps où il n'était nullement disposé à approuver un écrit tant soit peu favorable aux illusions du quiétisme. La Sœur^Charlotte de Saint- Cyprien, connue dans le monde sous le nom de Guichard de Perny, était la nièce du marquis de Dangeau. Née dans la religion réformée, elle embrassa le catholicisme après les exhortations et les instructions de Bossuet et de Fénelon. Elle continua ses relations avec ce dernier, même après son entrée dans le