‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 238 sur 250 · MADAMK DE LA MAISONFORT · texte numérisé non relu

MADAMK DE LA MAISONFORT

voies de la perfection ; qui, sans se découra«-er, disait et redisait les mêmes avis, dans l'espoir de convaincre enfin l'esprit et d'entraîner la volonté ; qui savait mieux que tout autre que la paix de l'âme réside dans la conformité de la vie avec les secrets desseins de la Providence. Cet homme aurait, pour faire plaisir à la demi reine qui «ouvernait le roi, jeté dans le cloitre une jeune fille (lui n'était pas destinée à cette mort sublime ijui s'appelle le sacrifice perpétuel de sa volonté ! Il faut se rappeler la conduite de Fénelon à la Cour, sa dignité, sa condescendance jusqu'aux dernières limites du devoir, sa piété, son zèle pour l'Eglise, sa haine de toute flatterie. Il ne fut pas courtisan; dans le cas présent, les historiens voudraient lui donner un rôle vil, bas, inhumain. Voyons en résumé ce qui se passa.

Mme de Maintenon ne dit pas que la chanoinesse n'avait pas de vocation; qu'en pouvait-elle savoir? Dans le petit mot à l'abbé Gobelin, elle se prend à regretter de n'avoir pas Mme de La Maisonfort à Saint-Cyr. Le désir est légitime, mais là s'arrête les conclusions qu'on peut tirer de ce petit billet.

Mme Guyon parlait souvent de l'abbé de Fénelon à sa cousine, celle-ci désira vivement de le connaître. L'entrevue eut lieu à Versailles, dam; l'appartement de la duchesse de Béthune(i). La chanoirtesse fut charmée. Son esprit brillant, actif et haut, très indépendant, g^oùta la dévotion sublime du pieux abbé ; celui-ci voyant cette àme si belle l'initia à cette piété intime, dont l'amour et la paix sont tout le secret. L'on voit dans la correspondance de cette époque qu'elle s'exerçait à la docilité. Fénelon lui reproche de song;er trop à soi dans la recherche de la perfection, de vouloir en

I. Dont le frère, le comte de \'aux, vicomte de Melun, épousa la tille de Mme Guyon.

quelque sorte forcer les grâces divines, au lieu de les attendre.

Les historiens nous rapportent qu'elle désira interroger l'abbé de Fénelon sur sa vocation. Elle n'est donc pas très sûre d'elle-même, elle hésite donc sur la route à suivre, puisqu'elle consulte quelqu'un pour l'éclairer. Jusqu'ici il n'y a rien d'anormal. Il devait répondre que Mme de La Maisonfort n'avait pas la vocation religieuse, c'est ce que semblent indiquer ceux qui critiquent, que dis-je, qui blâment ouvertement la décision de Fénelon, qui indiquait le cloître comme la voie de la chanoinesse. On vante la direction de Fénelon, quand il dit que la vie religieuse ne convient pas à tous ceux qui la désirent. On cite volontiers ces précieux conseils à une fille qui désirait entrer au couvent. « ... Nul couvent ne vous convient; tous vous gêneraient, et vous mettraient sans cesse en tentation très dangereuse contre votre attrait ; la gêne causerait le trouble. Demeurez libre dans la solitude et occupez-vous en toute simplicité entre Dieu et vous (i). » Mais que le même Fénelon dise à Mme de La Maisonfort c[ui le consulte, qu'elle est appelée à la vie religieuse ; on se révolte. Il est curieux de voir le public dicter à un juge sa sentence. Je suis dans l'inquiétude, je vais trouver un juge, je lui dis mes hésitations, et je pars soumis et tranquillisé. Pourquoi critiquer le jugement que je cherchais librement ?

Mme de La Maisonfort répondit à Mme deMaintenon, (|ui lui parlait un jour de sa vocation, cju'elle s'en rap- ]:)orterait à la décision des directeurs de Saint-Cyr. Le 1 1 décembre 1690, Mme de Maintenon assembla à Saint-Cyr l'évêciue de Chartres, les abbés de Fénelon,

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