Mot bien connu de M. de Bonald
courage difficile d'y regarder de près et de se dire qu'un devoir, si agréable à remplir, n'est peut-être pas le devoir. On voudrait suspendre sou jugement, mais la réalité nous presse de prendre parti et d'agir. Qui donc jettera un peu de lumière dans ces ténèbres, un peu de clarté dans ce dédale, si ce n'est un bon directeur.
La direction est la garantie suprême, opposée par la morale aux dangereuses incertitudes des consciences. Elle rend un double service. Elle tient les esprits en haleine, en les préservant de tout égarement durable, en les forçant à s'étudier et à s'interroger ; elle est ainsi pour eux la meilleure des disciplines et les rend plus capables de sortir avec leurs propres forces des difficultés où ils se trouvent engagés. Si ces difficultés deviennent insurmontables en raison de notre trop grande faiblesse, si l'ambiguïté des cas rend la tentation trop subtile, le directeur, confident de nos hésitations, instruit notre procès et le juge avec moins de chance d'erreur qu'une conscience tourmentée et inexpérimentée.
La direction de conscience n'est pas sans inconvénients ; eh quoi ! quand on sait tout le prix de la liberté et toutes les qualités que demande le maniement des âmes, qui pourrait se croire infaillible dans ce ministère redoutable ? Il n est donc pas étonnant que des critiques vives et quelquefois bruyantes se soient élevées sur ce point.
Michelel, qui a écrit de si belles pages d'Histoire, a laissé tomber de sa plume un livre médiocre : Le Prêtre, les Jésuites. Les excès de la direction y sont exposés abondamment ; et ce n'est pas sans une triste émotion que l'on parcourt le fameux pamphlet. Rappelez- vous cette scène de famille : le père, fatigué par le travail du jour, rentre chez lui le soir avec un grand besoin de calme et de paix après l'agitation et le combat, de tendresse et d'épanchement après