I. Histoire de Fénelon^ I, ch. xiii
42 FENELON DIRECTEUR DE COXSCIEN'CE
Nous ne suivrons pas M. Onésime Douen (i) dans son fameux réquisitoire contre Fénelon. Le ton passionné indique une mauvaise cause.
La vérité parle tout autrement (2). Fénelon, d'après M. Douen» n'est ni plus ni moins qu'un « Tartuffe » (3) un « geôlier, un ravisseur et un persécuteur d'enfants » (4).
La maison des Nouvelles Catholiqties dont Fénelon fut le supérieur de 1678 à 1689 n'était pas destinée, comme on le croit communément, à recevoir les nouveaux convertis, mais à exciter de nouvelles conversions. La puissance royale faisait enfermer dans cette maison des protestantes qu'on voulait faire catholiques : des enfants de tout âge étaient enlevés à leurs parents, des femmes ravies à leurs époux jusqu'à leur retour à la foi. M. Douen nous rapporte, avec ses colères hyperboliques, des faits monstrueux, indignes de la charité de Dieu et du prosélytisme chrétien.
Des pièces, alléguées par M. Douen, il appert que le roi ou plutôt les ministres exigeaient des conversions, sous peine de terribles châtiments; que la Mère Garnier, supérieure des Nouvelles Catholiques, était la fidèle exécutrice des ordres royaux. Que pouvait faire Fénelon dans cette situation délicate? Ne pas accepter cette charge, dira-t-on, mais « autant vaudrait dire qu'il n'aurait pas dû être un homme de son siècle et de sa profession, qu'il aurait dû naître au XYllf siècle, et pratiquer la tolérance philosophique dont les exemples
1. L'Intolérance de Fénelon, p. (). Douen. Paris, Fischbacher, 1875.
2. Ecoutez les iiremières lignes de son Introduction : « Si l'on vit jamais un roi fatigué de débauches et devenu dévot, mettre l'absolutisme au service de l'intolérance, avec une constance, une énergie, une absence de pudeur incroyable, ce lut assurément au xvii" siècle. ■«