Vie de Féncloi!^ ])nr M. de Ranisay
Une conduite ardente, dure et riooureuse, même pour la vérité, est un préjugé qui déshonore la meilleure cause (i). » Saint-Simon, toujours rempli d'une déplaisance invincible contre Fénelon, est obligé de constater l'heureux résultat de cette tolérance évang-élique : « Les Pays-Bas fourmillaient de jansénistes ou de gens réputés tels. En particulier, son diocèse et Cambrai même en était plein. L'un et l'autre leur furent des lieux de constant asile et de paix. Heureux et contents d'y trouver du repos sous un ennemi de plume, ils rie s'émurent de rien à l'égard de leur archevêque, qui, bien que si contraire à leur doctrine, leur laissait toute sorte de tranquillité. Ils se reposaient sur d'autres de leur défense dogmatique, et ne donnèrent point d'atteinte à l'amour général que tous portaient à Fénelon. Par une conduite si déliée, il ne perdit rien du mérite d'un prélat doux et pacifique, ni des espérances d'un évêque dont l'Eglise devait tout se promettre, et dont l'intérêt était de tout faire pour lui (2). » Malgré la vivacité des paroles, malgré l'opposition déclarée des doctrines, la charité de Fénelon, en ce qui concerne les personnes, on peut en être sur, n'a jamais été en défaut. Elle ne le fut jamais. Sous cet ennemi de phune^ ses adversaires retrouvèrent constamment l'homme de paix. Ce n'est pas lui, archevêque, qui aurait donné les mains à ce qu'on tît enlever de pauvres filles par des archers. La religion ne lui ôta jamais de son humanité; la théologie ne lui fit jamais perdre de sa délicatesse. Aussi les peuples conservèrent autour de Cambrai un attachement sincère et profond à la religion catholique, attachement que la Révolution même ne put ébranler et qui dure encore.