ciî. c, VII, p
2. TbJd., VIII, p. 457. Lettre à la Sœur Charlotte de Saint-Cyprien, sur la mort de l'abbé de Langcron.
PORTRAIT DE FliNELON 65
pour eux-mêmes, le cœur humain atteint dans une certaine mesure à cette perfection de l'amitié pure et désintéressée, qui est un des plus beaux dons faits par Dieu aux hommes. Fénelon ne tient pas ici une place à part ; il faut cependant revenir constamment, en parlant de lui, à ses amis et à l'amitié. Ses amis sont comme une portion de lui-même ; jamais il ne les oublie, jamais il ne les néglige. Pendant la querelle du Quiétisme, il supplie Beauvilliers de ne pas penser à lui, de peur de perdre sa situation. Après la Relation dit Quiétisme , il n'ose répondre aux lettres qu'il reçoit de Versailles, pour ne pas perdre ses autres amis.
Il savait le prix de l'amitié et en connaissait les lois et les devoirs : « Pour les vrais amis, il faut les choisir avec de grandes précautions, et par conséquent, se borner à un fort petit nombre. Point d'ami intime qui ne craigne Dieu, et que les pures maximes de religion ne gouvernent en tout, autrement il vous perdra, quelque bonté de cœur qu'il ait. Choisissez autant que vous ^1/ pouvez vos amis dans un âge un peu au-dessus du vôtre ; vous en mûrirez plus promptement. A l'égard des vrais et intimes amis, un cœur ouvert, rien pour eux de secret que le secret d'autrui... Soyez chaud, désintéressé, fidèle, effectif, constant dans l'amitié, mais jamais aveugle sur les défauts et sur les degrés de mérite de vos amis; qu'ils vous trouvent au besoin et que leurs malheurs ne vous refroidissent jamais (i). »
L'amitié, qu'il porta lui-même aux abbés de Langeron, de Beaumont, de Chantérac, disgraciés comme lui, montre bien que c'était besoin naturel de son cœur de s'épancher dans un autre et qu'il n'a pas aimé ses amis dans l'espoir de rentrer en grâce avec la Cour. 11 fut un conseiller toujours écouté, parce qu'il se don-