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naît tout entier sans réserve et sans retour sur lui-même. Rien de ce qui les touche ne le laisse insensible ; ils sont toujours sûrs de trouver en lui un conseiller prudent et, ce qui vaut mieux, la vérité dite avec tendresse et compassion, sans réticence, ni faiblesse. La récompense de cette douce et forte amitié fut le souvenir vivant des amis de Versailles, dont rien ne put rompre ni le charme, ni le lien.
Vouloir exposer toutes les vertus civiques et religieuses de Fénelon, ce serait faire le portrait de l'honnête citoyen et du gentilhomme que tous les moralistes ont décrit; ce serait redire les nouvelles beautés qu'ajoute le christianisme à la première nature de l'homme, sans enlever le fondement de la vie naturelle.
Au lendemain de la mort de l'archevêque de Cambrai, un ecclésiastique, l'abbé Galet, qui l'avait connu, fit paraître un Recueil des principales verttis de Fénelon (i). Nous serions imprudents de mettre en suspicion la vérité de ce récit que les contemporains reçurent avec enthousiasme. Si le lecteur se reporte donc à ce petit recueil, il apprendra ce que pensaient de Fénelon les personnes qui le connurent; quelle était sa piété, son humilité, sa douceur, sa mortification, son amour pour la pauvreté, son assiduité à la prière, à la lecture et au travail, sa simplicité, son amour pour l'Eglise, son zèle pour son troupeau et sa charité pour les pauvres. M. de Bausset, dans la vie de Fénelon, nous initie à toutes ces qualités qui, transformées par la religion, deviennent des vertus.
Évêque, il le fut dignement et sans faste. A l'archevêque de Rouen, Colbert, qui lui disait ses projets de restauration de son palais archiépiscopal, Fénelon écrivait : « En vérité, les pasteurs, chargés du salut de
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tant d'ànies, ne doivent pas avoir le temps d'embellir des maisons. Qui corrigera la fureur de bâtir, si prodigieuse en notre siècle, si les bons évèques eux-mêmes autorisent ce scandale... Souvenez-vous, Monseigneur, que vos revenus ecclésiastiques sont le patrimoine des pauvres, que ces pauvres sont vos enfants et qu'ils meurent de tous côtés de faim... Espérez-vous trouver dans ces pierres entassées la paix de votre cœur ? Que deviendra la pauvreté de Jésus-Christ si ceux qui doivent la représenter recherchent la magnificence? Voilà ce qui avilit le ministère, loin de le soutenir; voilà ce qui ôte l'autorité aux pasteurs. L'Evangile est dans leur bouche et la gloire mondaine est dans leurs ouvrages ( I ) . »
Un modèle vivant est la meilleure des règles. Aussi Fénelon donna-t-il l'exemple de la vie épiscopale la plus régulière. Sa maison tenue sur un pied de grandeur simple qui convenait à son rang, était régie avec la plus sévère économie ; il tenait lui-même ses comptes avec une exactitude scrupuleuse : ce qui ne l'empêchait pas de donner avec générosité aux hôpitaux, aux monastères, aux pauvres honteux. Quand les soldats de Louis XIV passèrent par Cambrai dans la triste expédition de 1708, Fénelon les nourrit. Après le sanglant combat de Malplaquet, Cambrai fut rempli de blessés et de fuyards, en même temps que les paysans des villages environnants s'y réfugiaient en foule avec leurs troupeaux. Fénelon ouvrit toutes grandes les portes de son palais épiscopal et y reçut tous les fugitifs sans distinction. Les cours et les jardins furent remplis de bestiaux et de bêtes à cornes que les malheureux propriétaires avaient soustraits au pillage des troupes ennemies. C'est sans doute ce trait de charité envers les