I. Testament de Fénelon, Jî 7. — Œ. C, X. p
yo FÉNELOX DIRECTEUR DE CONSCIENCE
indistinctement tous ceux qui se présentaient. Les jours de fètè, il officiait lui-même solennellement. L'unique plaisir de Fénelon était la promenade ; aussi se promenait-il beaucoup à pied et pendant longtemps, tantôt avec ses neveux, tantôt avec ses grands-vicaires, quelquefois seul : « Je m'amuse, je me promène, je me trouve en paix dans le silence devant Dieu », écrit-il un jour à son neveu.
Les tournées épiscopales venaient seules apporter quelques changements dans cette existence si monotone. Il prêchait lui-même le Carême dans une des villes de son diocèse. Il charmait tout le monde par sa bonne grâce et son amabilité ; rien ne pouvait l'arrêter, lorsqu'arrivait le temps des visites épiscopales, ni la guerre, ni la maladie. Il partait sans appareil, s'arrêtant dans les moindres villages pour y prêcher et y donner la confirmation. Il passait la plus grande partie de la journée à l'église, recevant avec bienveillance tous ceux qui venaient à lui. Comme il était vrai ce cri qu'il jetait au milieu de sa discussion avec Bossuet : « Nous sommes, vous et moi, l'objet de la dérision des impies, et nous faisons gémir tous les gens de bien... Que les autres hommes soient hommes, c'est ce qui ne doit pas surprendre, mais que les ministres de Jésus-Christ, les anges de l'Eglise, donnent au monde profane et incrédule de telles scènes, c'est ce qui demande des larmes de sang. Trop heureux, si, au lieu de toutes ces guerres d'écrits, nous avions toujours fait le catéchisme dans nos diocèses pour apprendre aux pauvres villageois à craindre et à aimer Dieu (i). » Les dernières années de sa vie furent les plus belles et les plus irréprochables. Il y eut en lui un dépouillement complet, un détachement d'espérances, si longtemps caressées dans le cœur,
1. Lettre sur la réponse aux préjui^és légitimes. CJÎ. C. III, p. '54.
et que la pureté des intentions rendait si légitimes. Cette tendresse un peu vaq;ue dans sa douceur, ces rêves de félicité publique se transformèrent en une active et efficace charité; il savoura cette pure et délicieuse vengeance qui consiste à réparer le mal qu'on n'a pu empêcher, à adoucir des souffrances qu'on eût voulu épargner aux hommes. Il sortit de là transfiguré; la reconnaissance du peuple le vengea des rigueurs royales. Quatre-vingts ans plus tard, lorsque les corps des archevêques de Cambrai furent enlevés à leurs cercueils de plomb, celui de Fénelon fut respecté et un tombeau magnifique lui fut érigé dans l'église cathédrale.
Voilà l'homme, ou plutôt voilà le saint; oui, un saint. Il garde sa figure à part; car la sainteté n'enlève rien à ceux qui y arrivent de leur caractère propre ou de leur physionomie originale. Il a été trop violent dans la lutte ; si l'âpreté dans la discussion devait empêcher la sainteté, saint Jérôme n'eût jamais été mis dans le martyrologe. Lisez ses invectives contre Rufin. Il a erré par excès d'amour de Dieu, c'est une belle et heureuse faute ; il a cru l'homme capable d'un amour qui serait l'idéal et l'ambition des cœurs, si l'homme n'était pas ici-bas si près de la terre; mais l'erreur inconsciente n'est pas une raison de non-sainteté. Saint Jérôme ne regardait pas comme inspirés les livres de l'Ancien Testament, qui ne figurent pas dans le canon hébraïque. L'Eglise a prononcé dans un sens contraire. Saint Jérôme a regardé l'épiscopat comme une institution ecclésiastique et il a ouvert la voie aux protestants; enfin sa théorie sur les fins dernières n'est pas conforme à l'enseignement de l'Eglise (i). Et cependant saint Jérôme est un saint.