‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 54 sur 250 · I.K MYSTICISMlî Di: FICNELON : HISTORIQUIi · texte numérisé non relu

I.K MYSTICISMlî Di: FICNELON : HISTORIQUIi

clc la Réponse de Fénelon aux Remarciues de Hossuet sur la Réponse à la Relation : « C'est une bête fauve qu'il faut poursuivre pour l'honneur de l'épiscopat et de la vérité, jusqu'à ce qu'on l'ait terrassée et mise hors d'état de ne plus faire de mal. » ( 25 novembre 1698.)

Fénelon se taisait ; il ne répondait pas aux accusations. Poussé par ses amis, il publia ses Défenses, ces lettres à Bossuet admirables de dignité et de fierté. L'honneur menacé lui prêta une force et une verve qu'on ne lui soupçonnait pas.

Il trouva une forme d'éloquence, à la fois plaintive et fière, qui eut un succès prodigieux, un mélange d'humilité et de dignité, que rendait plus touchant la manière dure et hautaine de son adversaire, tellement habitué à vaincre qu'il ne comprenait pas qu'on lui résistât. Le public se tourna du côté de Fénelon : il avait entendu une parole de maître.

Bossuet sollicita Louis XIV de presser le jugement du Pape. Il avait annoncé que les erreurs de Fénelon seraient foudroyées par le Saint-Siège, aussitôt qu'elles auraient frappé les oreilles du Vicaire de Jésus-Christ. Il se trouva que les dix examinateurs, nommés par le Pape, s'étaient partagés, après soixantequatre séances de six ou sept heures chacune; cintj avaient toujours voté en faveur du livre, fondés en grande partie sur les explications que Fénelon avait fournies dans ses Défenses. L'abbé Bossuet écrivit à son oncle : « Le Pape, ces jours passés, a dit que l'affaire n'était pas claire. * Bossuet fut tout étonné. Quittant le terrain de la controverse doctrinale pour celui des faits personnels, il publia sa Relation stcr le Quiétisme, tirée des manuscrits secrets de Mme Guyon et des lettres confidentielles de Fénelon. Fénelon était le Montan d'une nouvelle Priscille (i).

I. Cette allusÎDn était une urossière olïense et une sorte de diffa-

S-l- FÉNELOX DIRECTEUR DE CONSCIENCE

Les amis de Fénelon furent consternés. Lui resta calme et dédaigna de répondre. L'abbé de Chantérac lui écrivit, le 12 juillet 1698, que, s'il ne se justifiait pas sur les faits, il se rendrait suspect sur la doctrine, se déshonorerait lui-même et achèverait de perdre ses amis, bien loin de les sauver. Fénelon n'hésita pas à parler et huit jours de travail lui suffirent. La Réponse à la Relation parvint à Rome le 30 août.

L'étonnement n'eut d'égal que l'admiration ; on ne savait ce qu'on devait le plus remarquer dans cette Réponse : la clarté dans l'exposition des faits, l'ordre et l'exactitude rétablis dans leur marche naturelle, chaque accusation détruite par des preuves irrésistibles, l'accord si rare de la simplicité, de l'élégance et de la noblesse du style. « S'il reste à M. de Meaux, disait-il en terminant, quelque écrit à alléguer contre ma personne, je le prie de ne pas faire un demi secret, pire qu'une divulgation absolue, et je le conjure d'envoyer tout à Rome. Je ne crains rien, Dieu merci, de tout ce qui sera communiqué et examiné juridiquement... S'il me croit tellement impie et hypocrite, il doit employer toutes les preuves qu'il aura. Pour moi, je ne puis m'empècher de prendre à témoin Celui dont les yeux éclairent les plus profondes ténèbres et devant lequel

mation, les rapporta de l'riscille et de Montan ayant été des rapports charnels aussi bien que spirituels. Bossuet expliqua plus tard qu'il n'avait voulu parler que d'un commerce d'illusions , mais l'énelon répondait avec raison dans sa Réponse aux Remarques : « Ce fanatique avait détaché de leurs maris deux femmes qui le suivirent : il les livra à une fausse inspiration qui était une véritable possession de l'esprit malin. Il était possédé lui-même aussi bien que ces femmes ; et ce fut dans un transport de fureur diabolique (jui l'avait saisi avec Maximilla qu'ils s'étranirlèrent tous les deux. Tel est cet homme, l'horreur de tous les siècles, auquel vous comparez votre confrère, ce citer ami de toute la vie que vous portée dans vos entrailles \ et vous trouvez mauvais (|u'il se plaijjne d'une telle comparaison. Non, Moiiseiijncur, je ne m'en plaindrai pas; je n'en serai affligé que pour vous. »

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nous paraîtrons bientôt. Il sait, Lui (jui lit dans les cœurs, que je ne suis attaché qu'à Lui et à son Église, et que je gémis sans cesse en sa présence pour qu'il ramène la paix et abrège le scandale, qu'il rende les pasteurs aux troupeaux et pour qu'il donne autant de bénédictions à M. de Meaux qu'il m'a donné de croix. »

La révolution, qui s'opéra dans les esprits, était une dure leçon pour Bossuet. .11 reprit la plume et publia ses Remarques sur la réponse de M. de Cambrai. Quinze jours après, Fénelon publiait sa Réponse aux Remarques. Elle demeura sans réplique. «Fénelon avait de l'esprit à faire peur », avait dit Bossuet. Celui-ci s'en aperçut.

A Rome, il y avait toujours partage de voix entre les examinateurs.^Selon les règles de tous les tribunaux î^, ^iv, du monde, l'accusé aurait dû bénéficier de cette égalité p*"» de suffrages"/ Cette situation devait amener une espèce dç. fin de non-recevoir contre les adversaires de l'archevêque de Cambrai. Bossuet ne pouvait se faire à cette idée. Il fit faire une censure prématurée du livre des Maximes par soixante docteurs de Paris. Fénelon n'eut pas de peine à montrer l'inconvenance d'un acte aussi irrégulier. A Rome, on fut choqué, avec raison, de voir une faculté de théologie s'établir juge d'une question, dont le jugement était déjà déféré au Saint-Siège.

Il faut lire, dans M. Griveau, les moyens employés par Bossuet et par Louis XIV pour obtenir une issue favorable. Une dernière fois, le roi écrivit, parla plume de Bossuet, une lettre hautaine; il demandait une condamnation expresse avec menace de recourir autrement à des mesures extrêmes.

La cause était jugée, quand ces menaces de schisme arrivèrent à Rome.

.^Le 12 mars 1699, le Pape condamnait le livre des Maximes des Saints, d'autant que, disait-il, « les fidèles

poiii-raieiit être insensiblement conduits dans des erreurs déjà condamnées par l'Eglise ».

5. Le 25 mars, jour de l'Annonciation, Fénelon allait monter en chaire dans la cathédrale de Cambrai, quand il reçut la première nouvelle de la condamnation de son livre. Il se recueillit un instant pour changer le plan du sermon qu'il avait préparé ; il parla sur la parfaite soumission due à l'autorité des supérieurs. La nouvelle de la condamnation de h^énclon avait déjà circulé dans la nombreuse assemblée. Cette admirable présence d'esprit, ce mouvement sublime, ce calme religieux firent couler des larmes de tendresse, de dévotion, de douleur, de respect et d'admiration.

Le 9 avril, dès le lendemain du jour où il avait reçu la permission du roi, Fénelon publia le mandement qui annonçait le bref de sa condamnation.

« Nous adhérons à ce bref, mes chers Frères, tant pour le texte du livre que pour les vingt-trois propositions, sïnipleinenf, absolîiiiient et sans ombre de restriction. Ainsi nous condamnons tant le livre que les vingt-trois propositions, précisément dans la même forme et avec les mêmes qualifications, simplement, absolument et sans aiictine restriciion\ ... nous nous consolerons, mes très chers Frères, de ce qui nous humilie, pourvu que le ministère de la parole, que nous avons reçu du Seigneur pour votre sanctification, n'en soit pas affaibli, et que, nonobstant l'humiliation du pasteur, le troupeau croisse en grâce devant Dieu... A Dieu ne plaise qu'il soit jamais parlé de nous, si ce n'est pour se souvenir qu'un pasteur a cru devoir être plus docile que la dernière brebis cki troupeau, et qu'il n'a mis aucune borne à sa soumission... «

Ce mandement est admirable. La soumission de l'archevêque de Cambrai ravit l'iùirope entière. Inno-

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