Féuclon et Bosstiet, II, p
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aucun endroit, un seul mot qui renferme de sa part un aveu de son erreur. Quant à son livre, il en fait le sacrifice; mais de la doctrine, point. Il s'obstine à penser qu'on ne l'a condamné que sur un sens qui n'est pas le sien. Sa soumission est purement-extérieure et littérale : elle est absolue dans la forme, mais qu'on voie s'il cède quelque chose au fond ! » Il faut le dire, Fénelon est un hypocrite ( i ). Ecoutons.
Dans le concert de louang^es qui saluèrent la soumission de l'archevêque de Cambrai, une note discordante retentit. L'évèque de Saint-Omer critiqua le mandement de Fénelon, dans une assemblée provinciale tenue à Cambrai, disant « que ce discours ne semble opérer qu'une soumission de respect et non une soumission intérieure... qu'il eût été à désirer que le mandement eût exprimé quelque sorte de repentir. » L'archevêque reprit les termes de son mandement et demanda si l'on peut exprimer plus clairement une soumission <i. phts qti' extérieure et de simple respect. Qui dit adhérer à tm jugement , dit former tin jugement intérieur par lequel on se conforme à celui auquel on adhère. Qui dit condamner , dit encore plus expressément un /?/^(?;;/<?;// i)itérienr conive le livre condamné, surtout quand on exclut d'une manière simple et absolue toîite ombre de restriction... » Il dit que c'était de toute l'étendue de son cœur qu'il avait renoncé à toute pensée d'expliquer son livre ; qu'il préférait à ses faibles lumières l'autorité du Saint-Siège; qu'il était. Dieu merci, incapable de revenir jamais, sous prétexte de quelque double sens, pour en éluder indirectement la condamnation; qu'il ne pouvait avouer contre sa conscience qu'il eût jamais cru aucune des erreurs qu'on lui avait imputées;... " que si vSa Sainteté trouvait
I. Ce sorait la soumission de IVlage, au concile de Diospolis, qij avait désavoué ses erreurs des lèvres seulement.
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sa soumission défectueuse, il était prêt à l'augmenter et à la faire telle que le Saint-Siège le croirait à propos (i). » Ces explications « ne prouvent nullement la chose en question, dit M. Crouslé, à savoir, la soumission intérieure », r'énelon n'a pas reconnu qu'il fût « justement condamné ». Voici cependant une lettre à l'abbé de Chantérac (27 mars 1699) : « Je ne prétends pas que la distinction du sens de l'auteur d'avec celui du texte doive jamais troubler l'Eg-lise par une question de fait, parce que mon sens ou intention en écrivant, quelque pur qu'il put être, n'ejnpêche pas que le sens naturel de mon texte iie soft tel que le Pape l'a jugé, parce que le sens d'un livre est indépendant de celui de l'auteur, et o^eu matière d'expression on doit être soumis au supérieur à qui le jugement doctrinal est donné de Dieu. » Il ajoutait « qu'il soumettait au Pape la doctrine de ses Défenses qui étaient véritableiitent la sïeiiJie » . Une soumission intérieure est celle de Fénelon, acceptant d'avance le jugement sur la doctrine de ses Défenses, qui était véritablement la sienne et qui n'a pas été condamnée, adhérant sans restriction au décret qui frappait le texte de son livre, reconnaissant que ce livre renfermait des propositions qui, dans le sens des paroles ainsi qu'il se présente d'abord, sont téméraires, malsonnantes.
Fénelon, en écrivant sur des matières si délicates, avait eu le tort de ne pas veiller assez sur les expressions dont ilseservait (2). Malgré son orthodoxie d'intention,
1. Procès-verbal de l'assemblée métrop. de Cambrai. Œ.C., III, p. 415.
2. Autre chose est l'emploi de quelques expressions imprudentes, fait par mégarde dans des livres de piété, dont les auteurs ne sont pas théologiens, et qui, entraînés par le sentiment, ne peuvent pas mesurer et peser toutes leurs paroles; autre chose, un livre dogmatique, comme les Maximes des Saints, écrit par un archevêque, et sur un sujet controversé, avec la prétention de faire la part exacte du vrai et du faux,. Si Rome voulait corriger toutes les incorrections théologiques des livres les plus pieux, elle passerait tout son temps en condamnations.
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Rome devait se montrer sévère dans un temps où de faux mystiques répandaient des erreurs dangereuses.
En réalité, il n'avait jamais cessé de suivre la véritable doctrine ; il ne pouvait donc pas déclarer publiquement le contraire et faire un acte d'humilité qui eût porté atteinte à son orthodoxie. « Je n'ai jamais pensé les erreurs qu'ils m'imputent, écrit Fénelon à l'abbé de Chantérac, le 3 avril 1699. Je puis bien, par docilité pour le Pape, condamner mon livre comme exprimant ce que je n'avais pas cru exprimer. Mais je ne puis trahir ma conscience pour me noircir lâchement moimême sur les erreurs que je ne pensai jamais. Pour ma pensée, je puis dire que je la connais mieux que personne. C'est la seule chose qu'on peut prétendre savoir mieux que tout autre, sans présomption. »
Aussi croyons-nous à la sincérité de cette soumission et pouvons-nous accepter comme l'expression intime de sa pensée ce qu'il écrivait au duc de Beauvilliers, le 29 mars 1699, quelques jours après sa condamnation : « Dieu me fait la grâce d'être en paix au milieu de l'amertume et de la douleur... Quelquefois, je suis importuné de ceux qui m'écrivent de longues exhortations pour m'engagera me soumettre : ils me parlent de l'acte héroïque que je ferai. Tout cela me fatigue un peu et je suis tenté de dire en moi-même : Qu'ai-je donc fait à tous ces gens-là, pour leur faire penser que j'aurai tant de peine à préférer l'autorité du Saint-Siège à mes faibles lumières, et la paix de l'Eglise à mon livre ? »
Plus tard, sans doute, en 17 10, il écrivit au P. Le Tellier une lettre qui paraît contradictoire avec la soumission absolue. « ¥eu M. de Meaux a combattu mon livre par prévention pour une doctrine pernicieuse et insoutenable ; on a toléré et laissé triompher cette indigne doctrine... Celui qui errait a prévalu, celui qui était exempt d'erreur a été écrasé. » Et M. Hrunetièrc,
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avec vivacité : « Pour aussi longtemps qu'on n'aura pas démontré l'inauthenticité de cette lettre, pourra-t-on bien parler, sans quelque abus de langage, de la soumission de Fénelon (i) ? »
La lettre est authentique et elle ne prouve rien contre la soumission de Fénelon. Il ne s'agit pas de la doctrine condamnée sur le Quiétisme, mais de la doctrine sur la nature de la charité, comme on le voit par le texte même de la lettre. L'archevêque y traite de « doctrine indigne, qui dégrade la charité en la réduisant au seul motif de l'espérance », l'opinion de Bossuet, d'après laquelle « la raison d'aimer Dieu ne s'explique que par le seul désir du bonheur ».
Dans cette même lettre, il parle du livre à.^'-, Alaxùiies pour dire « qu'il l'a sacrifié avec joie et docilité à l'autorité du Saint-Siège ». C'est sur la question de la nature de la charité, de son motif formel, que Fénelon sçiàit exempt d'erreur. Il avait raison; car sa doctrine, comme nous le verrons, était généralement approuvée à Rome, même par les théologiens qui se prononcèrent le plus fortement contre le livre des Maximes.
Fénelon continue à discuter sur l'amour pur, après la condamnation de son livre. Remarquons que le débat restait ouvert sur cette question subtile et complexe qui, en dehors des points tranchés par la condamnation du Pape, fournissait et fournit encore une ample matière aux discussions des théologiens. Il pouvait, après l'assemblée générale du clergé de France en 1700, venger la charité désintéressée qu'on avait attaquée, et mettre sous les yeux du Souverain Pontife un résumé de toute la controverse. Il pouvait, de bonne foi, affirmer qu'il était bien éloigné de songer à remettre en question ce qui avait été jugé par