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CHAPITRE II

DOCTRIXIC

Le mysticisme, c'est l'union à Dieu. On confond souvent l'Ascétique (i) avec la Mystique, et cependant Tune n'est pas l'autre. Celle-ci est à celle-là comme la partie est au tout. La vie spirituelle présente trois phases. Au commencement, l'àme se dégage de la vie des sens par la lutte contre les passions; puis elle s'exerce aux vertus dans l'espoir de la récompense ; enfin elle n'aspire plus qu'à plaire à Dieu et à s'unir à Lîii ; l'amour a succédé à la crainte . Dans cette troisième étape, on remarque deux états différents; l'àme, dirigée par l'action divine, garde encore sa liberté, ou bien elle est réduite à une passivité plus ou moins absolue. C'est cette seconde forme de la vie unitive qui constitue la Mystique. Nous pouvons déjà remarquer que Fénelon, défenseur du mysticisme dans sa controverse avec Bossuet, ne sera dans la direction qu'un maître de la vie spirituelle soutenue par les principes de l'Ascétisme. A quelques âmes seulement, il dira la beauté et la grandeur de l'union à Dieu. A beaucoup d'autres, il montrera la terre promise, mais seulement pour exciter leur cœur et fortifier leur courage ; qui, mieux que Fé-

I. UAscélijue est une des branches de la théolog-ie. Tout ce que la raison découvre de Dieu s'appelle théologie naturelle; tout ce que Dieu a révélé à l'homme comprend la théologie surnaturelle ou théologie proprement dite.

Les révélations de Dieu comprennent ses affirmations sur Lui-même et sur le monde, ses condescendances envers l'homme (théologie dogmatique), et ce que l'homme doit faire pour s'élever à Dieu et réaliser la perfection dont il est susceptible (théologie ascétique). L'ascète travaille à dégager son âme de tout ce qui retarde sa marche et son élan vers Dieu. La théologie ascétique expose les principes de la perfection chrétienne et trace les règles pratiques pour opérer cette ascension de l'àme vers Dieu.

nelon, a connu les misères et les faiblesses de l'homme ? Lui seul, peut-être, de son époque, a senti les plus belles aspirations de l'àme, lui seul a su répondre aux âmes inquiètes et rêveuses, lui seul a montré le but de notre vie dans la perfection de l'être et l'union à Dieu.

Toute âme que le vice n'a pas entièrement dépravée, dès qu'elle conçoit l'Etre suprême, se sent portée à l'adorer. Ce culte spontané, mélange de respect, d'admiration et de reconnaissance, ne suffit pas aux âmes mystiques ; celles-ci ne se contentent pas de rendre hommage à la Divinité, -elles prétendent établir avec elle une sorte de commerce intime et de douce familiarité- De là ces termes de conimuincation, de silence amoîireitXy de transformation en Dieu, si fréquents chez les mystiques.

Sans doute, le mysticisme est voisin de l'illusion et ses excès sont dangereux ; s il élève l'homme moral, ne risque-t-il pas, en le déshabituant de vouloir et d'agir, de lui ôter en force et en activité ce qu'il lui ajoute en élévation? En rapprochant du ciel, ne fait-il pas perdre de vue la terre en détournant les âmes de la grande vocation d'humanité ? Les excès du mysticisme philosophique et religieux ne peuvent rien contre le mysticisme lui-même.

Le paganisme avait ignoré le côté mystique de la nature humaine. Le christianisme a su tirer parti de ce sentiment, par lequel l'homme se met en rapport direct avec la Divinité ; il lui ôte le pouvoir de nuire, en l'enfermant dans le cercle infranchissable d'un dogme précis et d'une morale austère ; il règle l'intelligence et l'amour, sans souffrir que l'une se perde dans une stérile contemplation de l'iùre, que l'autre tlégénère en une molle oisiveté ou en une in^nsibilité plus funeste. Le Dieu i\\x'\\ propose aux âmes les plus mystiques n'est point une abstraction qui doive servir de pâture

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