‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 68 sur 250 · MmeGuyon, Moyen court., n. 17, 24. — 3. Ibid., n · texte numérisé non relu

MmeGuyon, Moyen court., n. 17, 24. — 3. Ibid., n

Io6 FÉNELOX DIRECTEUR DE CONSCIENCE

L'àme doit rejeter, dans l'état de contemplation parij faite ( I ), la pensée même des attributs de Dieu et des mystères de Jésus-Christ.

Fénelon, en voulant donner les principes de la vraie mysticité, ne sut pas éviter les propositions équivoques. Les explications, que l'illustre prélat donna par la suite, témoignèrent bien que la plume avait trahi la pensée, puisque tous les écrits, publiés pour expliquer son livre, n'ont pas été condamnés. A Rome, on croyait à la bonne foi et aux intentions pures de l'archevêque de Cambrai ; mais le sens naturel de quelques propositions Nides Maximes des Saints est faux et condamnable. Bossuet les a remarquées avec son bon sens qu'il avait simple et grand (2) : elles peuvent se réduire à quatre.

Il y a dans cette vie un état habituel de pur amour dans lequel le désir du salut éternel n'a plus lieu (3).

Dans les dernières épreuves de la vie intérieure, une âme peut être persuadée, d'une persuasion invincible et réfléchie, qu'elle est justement réprouvée de Dieu et, dans cette persuasion, faire à Dieu le sacrifice absolu. de son bonheur éternel \ \\.

Dans l'état du pur amour, l'àme est indifférente pour sa propre perfection et pour les pratiques de vertu (5).

Lésâmes contemplatives perdent, en certains états, la vue distincte, sensible et réfléchie de Jésus-Christ (6).

Il faudrait ajouter, pour être complet, quelques autres propositions condamnées, dont Fénelon ne soupçonnait pas l'erreur, comme celles-ci :

Tous les fidèles ne sont pas également appelés à la perfection et n'ont pas la grâce qui pourrait les y conduire.

I. Mme Guyon, Inlerprétalion sur les cantiques, ch. (>, n. 4.

■2. Avertissement sur les divers écrits ou Mémoires contre le livre des Maximes, n. 2.

3. Maximes des Saints, 1" art. — 4. Ibid., 10' art. — :;. l/tid., to' ;irt. — (j. Ibid., 28" art.

LE MYSTICISMF, DR FIvNELO.V : DOCTRINE 107

L'oraison ordinaire n'est que pour les imparfaits et l'oraiAn extraordinaire est essentielle à la perfection.

Nous avons dit que Fénelon n'avait jamais eu dans la pensée le sens attribué à ses paroles. Pour ne parler que de cette dernière proposition condamnée, comment l'illustre prélat eût-il concilié sa doctrine avec les articles XX!!"^ et XXÏIP d'Issy, qui enseicrnent que la perfection ne consiste pas dans les oraisons extraordinaires ?

Fénelon n'attachait pas à ses expressions le sens rig-oureux qui les a fait condamner. « La contemplation, dit-il dans son histructwii pastorale, est un exercice du pur amour, mais non pas le seul exercice. L'amour pur s'exerce aussi dans les actes des vertus distinctes... La méditation même peut être quelquefois un vrai exercice de l'amour le plus désintéressé. Tous les fidèles sont appelés à la perfection, mais ils ne sont pas tous appelés aux mêmes exercices et aux mêmes pratiques particulières du plus parfait amour (i). »

Nous devons mettre en dehors de ces condamnations la treizième proposition qui suppose que Jésus-Christ éprouva pendant sa Passion un trouble involoiitaïre , erreur grave, que Fénelon a constamment désavouée, comme ayant été insérée en son absence dans le texte de son livre, par une méprise du duc de Chevreuse qui en dirigeait l'impression (2 ). Il serait donc injuste

1. Instruction pastorale du 1^ septembre lôçj, n. 16. — Rcp. à la Déclaration, n. 38. Œ. C, tome IV, p. 213 et 434. — Les principales prop. justifiées, prop. ,w et 31, tome VIII. — Pour les explications des autres propositions condamnées, cf. Inst. Past., n. 3, 21, 10, 15, ib. — Rép. à la Déclaration, n. 11-15, (n ; n. 21 et suiv., 47 et suiv., 25, etc. — 30 et suiv. — Cf. i^' et f Lettre à M. de Paris. — 1" et 3' Lettre à Bossue t contre les divers écrits.

2. Inst. past. du 1^ sept, lôçj, n. 19. —Rép. à la Décl., n. 53. — 4' Lettre contre les divers écrits, n" obj. — 2" Lettre contre les passages éclaircis, 10' objection. — 2" Lettre contre la censztre des docteurs, S* prop.

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de l'attribuer à l'auteur du Livre des Maximes.

Jurieu (i) s'étonne de la sévérité de la Cour romaine pour des propositions, en apparence, susceptibles d'un bon sens. Les réflexions du célèbre protestant sont une critique de l'Eglise et non une défense de Fénelon.

Jurieu devait savoir, comme nous l'avons déjà dit, qu'à cette époque un grand nombre de faux mystiques abusaient des véritables maximes de la spiritualité.

Molinos venait d'être condamné quelques années auparavant ; le Pape devait condamner sévèrement tous les ouvrages qui pouvaient favoriser, en quelque manière, des erreurs si dangereuses. L'abbé de Chantérac écrivait à Fénelon le 8 novembre 1698 : « Toute la difficulté ne regarde que quelques expressions du livre, dont les examinateurs opposés disent que le premier sens... favorise quelques erreurs des quiétistes... la lecture en est très dangereuse pour le commun des fidèles, dans les circonstances présentes où l'on voit le quiétisme s'insinuer dans toutes les nations (2). »

Notons enfin que parmi les qualifications données aux propositions condamnées par le Bref, on ne trouve point celle à' he're'tiqîie , ni même d'approchante de l'hérésie.

Pour résumer en quelques lignes le quiétisme mitigé de Fénelon, peut-être pourrions-nous parler ainsi. Mme Guyon admet l'acte continuel de contemplation et d'amour de Molinos, mais rejette avec horreur les conséquences de ce faux principe contre la résistance positive aux tentations. Fénelon condamne l'acte continu, mais il fait consister la perfection dans un état habituel de pur amour, où le désir des récompenses et la crainte des châtiments n'ont pkis de part.

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